Marx intime

Marx et Jenny
Par

D.R.

D.R.

Audrey Vernon nous transporte dans l’intimité de Karl Marx. Pas de grands exposés théoriques ici, c’est le Marx amoureux de sa femme Jenny, le Marx père de famille, le Marx ami intime de Friedrich Engels qui font l’objet de ce « One Marx show » en robe rouge et pompon. Au fil d’un récit habilement construit, les archives de la famille Marx sont passées au crible de l’humour décalé de la comédienne, notamment quelques magnifiques lettres de l’inconnu à ses proches. L’inconnu, car si de nos jours le nom de Marx est employé à toutes les sauces, on s’intéresse finalement peu à l’individu, et c’est là le principal mérite de ce spectacle : donner corps et chair à un nom complètement vidé de sa substance à force d’être vulgarisé.

« Marx et Jenny » : le déséquilibre sur lequel repose la pièce est donné dès le titre, un nom et un prénom, l’homme public ramené à la vie quotidienne et domestique, avec ses aléas et ses souffrances. Mais la pensée du philosophe n’est pas complètement absente du tableau. Certains questionnements économiques et politiques sont injectés à petites doses, toujours entrelacés à leur arrière-fond privé. Ainsi, sa définition du capitalisme – de mémoire, un système économique où une partie de la société vit aux dépens du travail de l’autre – est confrontée avec ironie à la façon dont Marx a exploité son ami Engels sa vie durant – « c’est rigolo parce que c’est exactement ce qu’il a fait avec Friedrich finalement ». Les difficultés à finir « Le Capital » ou l’affaire Vogt sont également intégrées à la trame. Tout cela est amené avec finesse. On regrettera juste la référence réductrice à la postérité de Marx, limitée à quelques mots ironiques sur le stalinisme. Dommage, quand on connaît la vitalité des recherches sur les prolongements actuels du marxisme.

Mais l’excellence de la comédienne, sa capacité à faire varier les registres sans sombrer dans le pathétique et la richesse des matériaux utilisés nous convainquent de la qualité de ce travail, grâce auquel on passe un bon moment. Le confort et le charme de l’ancien cinéma Art déco qu’est le Pandora sont une valeur ajoutée qui mérite d’être soulignée en ces jours de fatigue et de canicule.

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