Quand le réel et le virtuel se confondent

Narcisse
Par

D.R.

D.R.

À l’heure où le numérique envahit de plus en plus l’espace scénique, nous pourrions redouter d’assister à une de ces mises en scène qui prônent l’utilisation de lumières et de vidéos à outrance, allant jusqu’à écraser totalement le jeu de l’artiste. Ce fut ma crainte les deux ou trois premières minutes, mais très vite j’ai été fascinée (ou hypnotisée ?) par cette succession de vidéos en adéquation avec le jeu. C’est une véritable performance qui relève presque de l’installation plastique. De manière très surprenante, l’écran comme support de projection devient subitement transparent par un jeu de lumière. Narcisse franchit cette dimension et quitte la scène pour entrer dans l’image et inversement jusqu’à ce que nous ne sachions plus où se trouve la séparation entre virtuel et réel. Il entre en interaction avec l’écran, le fait vivre et l’habite. Il poussera la stupeur jusqu’à intégrer les écrans de vos téléphones portables durant la représentation.

Cependant, Narcisse n’est pas seulement vidéaste, accompagné à la guitare électrique par Pierre Gilardoni, il est avant tout une voix. Avec ses allures graves et sérieuses, sa voix de basse, il apparaît aux yeux du spectateur comme une sorte de prophète, qui nous entraîne avec lui de l’autre côté du miroir et qui nous met en garde face au danger des mots et de la place de plus en plus incontrôlable du numérique. À travers le slam et avec une diction et un débit assez déconcertants, Narcisse joue et jongle avec les mots, leurs sens, leurs pouvoirs, leurs sonorités et surtout l’impact qu’ils ont sur nous-mêmes. Tout comme avec la vidéo qui prenait le pouvoir sur nos écrans, Narcisse nous montre à quel point il est aisé de contrôler la parole de l’autre.

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