Le Brun rehausse les couleurs du Louvre-Lens

Charles Le Brun. Le peintre du Roi-Soleil
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Charles Le Brun, Le Sommeil de l'Enfant Jésus, 1655 Photo © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) - Franck Raux

Charles Le Brun, Le Sommeil de l’Enfant Jésus, 1655 Photo © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) – Franck Raux

Il est de ces grands hommes et grandes femmes que l’historiographie moderne tend – encore à défaut – à estomper. Pourtant, impossible de flouter les contours du destin de Charles Le Brun. Artiste précoce que Séguier présente comme sa « créature », Le Brun allie un talent évident pour les beaux-arts avec une fine intuition artistique et un sens des affaires hors pair. À travers l’exposition Charles Le Brun. Le peintre du Roi-Soleil (jusqu’au 29 août 2016), le Louvre-Lens déploie en grande pompe l’œuvre de ce géant encore méconnu du XVIIe, avec une parfaite finesse scientifique et pédagogique.

Les deux commissaires (Bénédicte Gady et Nicolas Milovanovic) ont opéré un véritable travail d’orfèvrerie pour organiser les 235 ouvrages (tableaux, gravures, sculptures, objets manufacturés, etc.) réunis à cette occasion. Pour rendre hommage à cet homme au destin « absolu » – à l’image du roi qu’il servira – tous les moyens sont bons : un travail scénographique et graphique d’importance a été engagé, respectivement menés par les ateliers Maciej Fiszer (chef de projet Thimothée Ma Mung) et Bastin Morin (avec Nathan Morel).

L’œuvre de Le Brun se déploie alors avec majesté, selon des salles thématiques ou chronologiques, qui laissent toujours transparaître (par le jeu de percées murales stratégiques) la trajectoire intellectuelle, esthétique et sociale de l’artiste. Dans cette même optique, certaines œuvres sont placées avec grande intelligence en regard et offrent, plus qu’un parallèle plastique, une vraie dialectique artistique et philosophique. C’est que, au regard de la foisonnante production de Le Brun (tant en quantité qu’en variété), l’expérience du visiteur s’enrichit encore de ce dialogue, présent dans chaque salle comme à l’échelle de l’exposition tout entière. Ainsi, les textes et croquis théoriques sur les canons de la représentation des sentiments, des expressions et des traits physionomiques hommes-animaux, s’insèrent avec justesse dans l’ensemble du parcours. De même, les tapisseries que l’œil du visiteur n’a pas l’habitude de contempler, viennent parachever la trajectoire professionnelle de Le Brun.

L’exposition met judicieusement à profit l’immense espace que propose de Louvre-Lens. Impossible de s’ennuyer : l’intelligence à l’œuvre dans l’organisation des pièces du maître et de ses contemporains, ainsi que du parcours transporte littéralement le visiteur au sein d’un siècle trop souvent victime de clichés. Il est à espérer que le travail opéré autour de cet artiste et homme d’affaires puisse raviver l’enthousiasme autour du Louvre-Lens qui semble s’être quelque peu tari aujourd’hui. Quelle tristesse, en effet, d’imaginer le succès d’une si belle initiative à la manière des décors de Le Brun : c’est-à-dire éphémère.

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