Godspeed You! Black Emperor : intranquille permanence

Godspeed You! Black Emperor au Trianon
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GODSPEED-YOUEtendard malgré lui de la scène post-rock canadienne, le très politique collectif montréalais Godspeed You! Black Emperor est revenu à Paris au Trianon le 17 août 2016.

Créé au milieu des années 90, le collectif avait laissé son public inconsolable en 2003 pour une pause à durée indéterminée, durant laquelle ses membres ont évolué dans de multiples formations parallèles. Ce hiatus et le mystère qu’ils ont toujours entretenu – pas de leader, pas de photos, pas d’interviews – ainsi que leur dénonciation du capitalisme, de l’industrie du disque et de la marche du monde d’une manière générale les a érigés en véritable culte pour leur auditoire des débuts et ceux qui l’ont découvert par la suite, un statut aussi éloigné que possible de leur philosophie et qu’ils doivent très probablement déplorer.

Leur retour pour des séries de concerts à partir de  2010, dont un à la grande Halle de la Villette à Paris en 2011, s’est concrétisé en deux nouveaux albums, Allelujah! Don’t Bend! Ascend!  sorti en 2012 et Asunder, Sweet And Other Distress en 2015, où le collectif, pour le plus grand plaisir de ses adeptes, a repris très exactement là où il s’était arrêté en 2003, poursuivant avec rage et lumière ses expérimentations parfaitement maîtrisées de constructions sonores.

Dans cette permanence, le concert du Trianon est en conséquence semblable dans son dispositif aux concerts précédents de Godspeed : même absolu mépris pour le cirque des conventions attendues lors d’un concert – vous n’aurez donc pas un mot ni un regard durant les 1h45 de musique quasi ininterrompue, les 8 musiciens, en cercle, donc en vous tournant le dos, seront pour la plupart assis durant toute la prestation, et il n’y aura pas de rappel, juste un vague mouvement de la main pour dire en revoir ; même intro de drone gonflant progressivement pendant l’installation des musiciens et même extro des amplis réverbérant les sons finaux sur leur départ ; mêmes projections, s’accordant parfaitement aux sombres grondements et déchaînements des morceaux, pour délivrer le message politique de la musique, plus efficaces que n’importe quelles paroles n’auraient pu l’être.

Mais c’est dans ce dispositif scénique minimal, où vous n’aurez aucun scrupule à fermer les yeux, que s’expérimentent le mieux les paysages synesthésiques furieux créés par le violon, les 3 guitares, les 2 basses et les 2 batteries, les déferlements sonores ressentis dans sa cage thoracique et dans tout son corps qui font d’un concert de Godspeed une formidable expérience, pour laquelle la salle du Trianon s’est révélée particulièrement adéquate. Mention particulière pour Mladic de leur avant-dernier album, qui a atteint des sommets. Les textures tissées par leurs drones et dissonances, dans lesquelles on s’immerge et on s’abandonne, fondent la supériorité du collectif de Montréal par rapport à tant d’autres groupes post-rock créés à la fin des années 90 et pour la plupart oubliés, qui nous servaient un simple crescendo/descente en guise de voyage.

Aucune surprise ou évolution donc avec ce concert de Godspeed You! Black Emperor, mais le plaisir toujours renouvelé, à travers les morceaux de leurs deux derniers albums, de sensations ressenties lors de leurs précédents concerts.

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