Ovni poétique

Comment va le monde ?
Par

2014-Sol2-018

DR

Pauvre clown moderne, qui traîne le lourd poids de sa réputation. Rustre comique bariolé ou joyeux luron prêt à rire de tout, aurait-on oublié sa langue bien pendue et sa liberté de langage ? Qu’a-t-on fait de son onirisme et de sa poésie ravageuse ?


Dans l’antre défraîchi du théâtre des Carmes, on ressent comme une douce langueur. Une loge s’allume à jardin. Un petit être s’y regarde dans le miroir, et invoque Narcisse, le prétendu saint patron des comédiens. C’est le clown Sol. « Pleins feux sur scène / Pas le temps de penser / Faut y aller / Plonge Narcisse / et tâche de ne pas t’y noyer. » Marie Thomas donne voix à ses mots et leur invente une gestuelle tout droit venue du cirque, elle devient « SOLnambule », naviguant sur un fil entre le rêve et la réalité.

Sol nous parle de lui et du monde. Petit, il a été à la colle mais n’a pas eu la chance d’aller à l’adversité, c’est pourquoi il confond les mots. Son mélange leur donne un sens nouveau, qui transforme notre mélancolie en une bienveillante destruction. On se laisse donc bercer, sourire aux lèvres, par ses divagations poétiques. Avec son humour qui pourrait sauver l’humanité, le petit ridicule dans sa combinaison trop grande attaque les travers du monde à grands coups de jeux de mots. En vrac, les « transparents », les « incohérences de presse », les « hypocritiques », le « grand steakoslovak », le « fier monde » et les « états munis », tous passent à la casserole. On savoure, on boulotte et on en redemande. Fable politique, ou diatribe au goût de miel, on a même le cœur qui « bilboque » dans la poitrine quand on sort de la salle.

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