Pensée en cage

La Pensée
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C’est un homme de sciences qui s’explique, qui se défend, devant son public de « juges ». Son meurtre, le Dr Kerjentsev le décortique, tente d’en expliquer les raisons et la finalité. Déroulant une logique implacable afin de démontrer qu’il est bel et bien « sain d’esprit », il prétend « jouer » une folie pourtant héréditaire. Dans sa capacité à saisir la faille d’autrui semble résider sa puissance et la prétendue implacabilité de son geste. Pourtant, celui qu’il entend hurler, dont il décrit avec une précision chirurgicale les traits déformés, n’est autre que lui même. Olivier Werner joue la dissociation suprême, incarnant la pensée d’un homme malade – ou prétendant l’être. Il se trouve enfermé, impuissant, dans les murs de son propre esprit – « petite maison » psychique projetée sur scène.

La nouvelle de Leonid Andreïev sur laquelle est bâtie la pièce est superbe, riche en images, intéressante tant par le développement psychologique que par le jeu narratif qu’elle développe. Pourtant, la mise en scène perd à magnifier le rythme du texte et semble s’égarer. Si l’on peut louer la prestation soliste de près d’une heure et demie d’Olivier Werner (co-traduction, adaptation et jeu), on déplorera les écueils d’un jeu un peu trop limité, tant dans sa dimension gestuelle que vocale. L’acteur, qui semble être en mesure de développer un personnage tout en ambiguïtés, ne parvient cependant pas à dépasser des réflexes de mise en scène usités pour incarner ce rôle de « fou ».

En effet, ce Horla russe mériterait de briser les clichés de mise en jeu affiliés à ce sujet qui relève du déjà-vu – ou, à défaut, mériterait de proposer un cadre scénique plus dynamique. L’introspection mêle un peu trop mollement logique froide, accès de folie et images poétiques qui affleurent par moments – je pense notamment à la comparaison entre folie et nœud grouillant de serpents, dont la plus grosse hydre parcourt le corps du malade et hurle en lieu et place de son esprit « sain ». On glisse malheureusement d’un passage à l’autre de manière un peu trop prévisible. La fin arrive après quelques longueurs, et plaque un peu trop facilement un réquisitoire moral attendu : qui, du docteur ou des juges, n’est pas atteint de folie ordinaire, d’hypocrisie ? Dommage.

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