Retour dans l’aujourd’hui

La Dictadura de lo cool
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La Dictature du Cool - © Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon

La Dictature du cool – © Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

Spectateur avignonnais : bienvenue en 2005 ! Mais si, tu sais, en 2005 : quand la vidéo sonnait choc et les bites claquaient chic au milieu d’un décor toc ! Tu te souviens ? Non ? Alors vas-y, va au gymnase Aubanel et profite… C’est pour une fois un formidable retour en arrière qu’on te propose. Formidable, parce que contrairement à l’habitude, « La Dictadura… » peut bien revêtir tous les atours ringards de la pièce enragée biberonnée à l’héroïne bourgeoise, elle reste une réussite totale. Ici, ce soir du 1er mai, dans le salon de ce nouveau ministre de la Culture au milieu duquel des bouteilles hors de prix valsent, des Rolex volent et des désespérances éructent, c’est toute une beauté indicible qui se développe. Et peu importe le propos faussement politique qui recouvre lourdement la démarche. Celui-ci est évidemment crassement éculé quand les acteurs-performeurs s’en prennent gratuitement à une classe sociale dont ils ne font en plus que détourer les plus grossiers défauts. Oui, peu importe parce que c’est la racine d’un diable désespéré qui pousse dans nos yeux au fil de la représentation, et que c’est terriblement beau. Vous ne me croyez pas ? Alors allez-y. Allez regarder ces jeunes abrutis flotter, abasourdis par une musique que plus aucun autre instrument que la merditude du monde n’est capable d’émettre. Si vous êtes un enfant d’aujourd’hui né sur la planète Terre, vous verrez dans leurs yeux tout le siècle qui se déroule et, avec lui, les raisons de l’échec de ces dix dernières années, qui furent comme cette soirée à laquelle on assiste : sublimes et sordides à la fois.

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