Brèves de bavardage

Bled Runner
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Conçu comme un florilège des scènes les plus mémorables des spectacles de l’humoriste Fellag, « Bled Runner » ravit autant les fidèles que les spectateurs qui le rencontrent pour la première fois.

À travers une myriade de souvenirs, des bancs de l’école dans une Algérie encore colonisée, où le jeune Fellag apprend l’histoire de « ses ancêtres les Gaulois », au Cinéma des Mondes, où il visionne avec avidité westerns, films d’épouvante et comédies, à la torpeur estivale des rues algériennes, où le temps ne passe pas et où le futur comédien crève d’ennui, les spectateurs découvrent les teintes d’un humour algérien savoureux, dont Fellag leur livre quelques caractéristiques.

Le ton est piquant, empreint de malice et de tendresse quand il se remémore les après-midi de fêtes et de danses clandestines organisées par les femmes du village, réunies autour du poste de radio, alors que les maris sont absents. Du plafond, tombent des robes multicolores suspendues avec lesquelles l’enfant danse et échange avec poésie. Fellag confie avoir été un enfant qui ne parlait pas ou peu, ou plutôt un enfant « bilingue silence ». Le contour et la précision des souvenirs n’en sont que plus vivaces et saisissants, tant on perçoit qu’il a scruté, observé, ce qui l’entourait.

Sur le plateau, l’humoriste est plutôt bavard, et alterne à l’envi une langue à l’autre, pour se jouer des quiproquos entre l’arabe et le français et parler ainsi des confrontations administratives ou identitaires sous la colonisation. Aux souvenirs d’Algérie, se succèdent ceux de son arrivée en France, reflétés dans le regard apeuré des Français qu’il croise, dont il arrive cependant toujours à extirper une puissante force marquée par le sceau du rire.

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