© Isabelle Arthuis. Fondation d’entreprise Hermès

Plus qu’une exposition : un parcours initiatique au travers du réel et une leçon de politique culturelle. Car imaginez une seconde : avant d’accéder à l’espace d’exposition de La Verrière, il vous faudra traverser le long couloir central d’une luxueuse boutique Hermès. Voilà que le visiteur se transforme alors en croyant éploré, errant sur le chemin de croix parcouru par cet art mort de la trahison d’un État qui ne peut plus le soutenir. Sensation d’autant plus fascinante que l’exposition « Novelty Ltd. », présentée ici par la Fondation Hermès, n’est finalement rien d’autre que la tentative réussie de Douglas Eynon et Erwan Mahéo d’échapper à la société du spectacle. Parce que oui, sous cette sublime verrière au-dessus de laquelle trône le gris d’un ciel désapprobateur, c’est le cri de deux artistes persuadés de la capacité des possibles de l’art à influencer la dynamique morbide de l’aujourd’hui qui résonne et fracasse les têtes des visiteurs. Rien que ça. Rien que ça et bien d’autres choses encore, tant la démarche curatoriale pensée par Guillaume Désanges en collaboration avec les plasticiens forcera les plus agnostiques des visiteurs à entrer en mystique, si ce n’est en religion. C’est avant tout la dimension déambulatoire et évolutive qui veut cela, parce qu’après la première salle, séparée de la seconde par un immense rideau d’Erwan Mahéo sur lequel sont brodés les stigmates d’une tentative d’explication de l’espace, c’est déshabillé de toute réalité que le visiteur peut entrer en poésie. Fini les bureaux, les ordinateurs et l’espace rationalisé : déshabités de toute leur force, ces artefacts d’un monde dont il apparaît qu’ils ne sont rien d’autre que la bouée de sauvetage de nos âmes terrorisées disparaissent des esprits jusqu’à permettre à chacun d’entamer un chemin vers le soi et l’origine. Vers la Vérité ? En tout cas, vers l’apaisement et l’acceptation de nos temporalités écrasées par la fin. Bienvenue alors dans ce jardin du temps, travaillé par le rêve et les matières, où le véritable réel de nos vies, pas celui des institutions et du béton, mais celui de nos esprits, se trouve poétisé jusqu’au fantastique. Assis sur un banc à regarder une bougie se consumer autour d’une grotte mère de l’onirisme et gardienne de la certitude de nos êtres, il devient possible de vivre. Vivre un instant, car il est un moment où le retour vers le vacarme de ce faux réel devient inéluctable. Égaré à nouveau au milieu de ces vitrines où rien ne reste de plus de l’art que le nom de Jane Birkin sur des sacs à 10 000 euros, une seule certitude : la nécessaire subsistance d’un art au service du rêve et de la révolte.

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