Shoot de héros

We Can Be Heroes

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Tout est déjà dit par Jan Lauwers, à propos de « La Chambre d’Isabella » : « Contrairement aux autres cultures, la culture occidentale s’est éloignée du chant de groupe. Le chant fait toujours référence à une dimension rituelle. Par rapport à la parole, il est une autre forme d’échange d’énergie, et il crée une autre communication avec le public. Il relève de la fête et de la célébration. J’aimerais que le rituel du théâtre, ça devienne cela : des gens qui se rassemblent pour chanter. » Des pieds avec leurs micros dans un carré de quelques mètres carrés délimité au sol par du scotch noir, une sonorisation discrète qui diffuse une compilation de pop moderne, comme Shirley Bassey, MGMT, Jamie T ou Björk, et une trentaine d’adolescents qui vont franchir le quatrième mur et se tenir debout, dans l’arène, pour interpréter ces chansons en play-back. Le pitch paraît simple, mais il semble que la réalité du live provoque une étonnante alchimie. Mais alors, de quoi cette performance participative relève-t-elle ? Elle est d’abord un geste, un acte public, assumé aux yeux de tous, performé par un groupe qui a le désir de se rassembler et surtout de célébrer ce rassemblement. Un geste joyeux et fragile, un acte fédérateur qui a vocation à exister dans le domaine public, pour y laisser une trace. « C’est le play-back qui m’intéresse. Ils doivent se laisser traverser par les chansons », explique son concepteur, qui tente par ce show reproductible à l’envi de répondre aux interrogations bateaux mais nécessaires sur le « bien-être-ensemble » et sur la possibilité de créer « une communauté non-masse », c’est-à-dire de penser l’individu dans une pluralité. Et choisir comme médium l’image ultra galvaudée du chanteur pop inspiré, ce garçon-là a du second degré. Tout commence par un workshop avec les amateurs, nos futurs héros, qui apprennent à lâcher prise et à s’engager corps et âme. Car le play-back n’est ni une tentative d’imitation ni un travail de parodie. C’est un exercice d’interprétation qui révèle au présent les émotions traversées par les interprètes. À défaut de donner de la voix, les héros du jour donnent du souffle et le transmettent au public.