One-man bands post-blues à la Maroquinerie

William Z. Villain et Bror Gunnar Jansson à la Maroquinerie
Par

Hier soir à La Maroquinerie, pour la 12e édition du festival Les Nuits de l’Alligator, deux musiciens sidérants made in Normandeep Blues (un label bien de chez nous à surveiller de près) : William Z. Villain et Bror Gunnar Jansson, one-man bands postmodernes qui tracent leurs sillons hors des sentiers battus.

Le premier est une sorte de champignon hallucinogène mutant né sur les décombres du blues et de l’afrocubanisme. Volontiers maladroit et doux dingo, embrouillé dans ses propres expérimentations whatthefuckesques mais d’une originalité musicale déconcertante, l’Américain du Wisconsin délivre à l’aide d’un looper et d’un cajón une musique aussi déglinguée que vitale. Impossible de ne pas rester accroché pour l’éternité aux riffs vocaux d’ “Annelise” ou de son tubesque “Anybody Gonna Move?” qui l’a fait découvrir en France en début d’année grâce aux ondes de France Inter. Reste à souhaiter longue vie à son premier album éponyme, et surtout qu’il soit programmé dans les festivals de la saison.

Le second, au set nettement plus tiré au cordeau, tourne depuis quelques années en Europe (on avait ainsi pu le voir aux Boréales en 2015), comme une vision spectrale tout droit venue de Suède. Fils illégitime de John Lee Hooker et des Black Keys du début des années 2000, Bror a un look à mi-chemin entre un gangster de la Prohibition et un vampire de “Twilight”. Il malaxe un groove sans artifice qui vient puiser aux racines du blues d’avant-guerre. Sa particularité ? Une voix plaintive et envoûtante qui attaque directement les nerfs ; un jeu de batterie organique, puisqu’il pousse la prouesse jusqu’à jouer grosse caisse, caisse claire et charley tout en grattant les cordes de ses guitares ou de son ukulélé ; mais aussi et surtout, comme son petit camarade WZV, un cocktail heureux d’influences musicales, synthèse patiemment digérée et recrachée avec une sensibilité à fleur de guitare.

Les Nuits de l’Alligator, à Paris (La Maroquinerie) et une douzaine de villes en France, du 7 au 18 février 2017.

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

D'autres articles par