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Plateau nu, jeu précis, texte condensé : il n’y a rien en trop dans la mise en scène de Guy-Pierre Couleau, d’une intense épure qui donne à entendre le texte de Shakespeare à nouveaux frais. Le metteur en scène adapte la traduction de Peter Brook, Jean-Claude Carrière et Marie-Hélène Estienne avec une grande économie. Si le plateau se contente d’une telle sobriété, c’est parce que ce qui s’y joue – fantômes, folie et questionnements moraux – relève d’autre chose que le visible. Méditation sur les faux-semblants, la pièce de Shakespeare trouve ici une mise en scène analogue. La pénombre spectrale semble absorber les silhouettes, tandis que les volutes de fumées inaugurales suggèrent que tout ici est sujet à disparition. Il y a bien quelque chose de hanté dans la mise en scène de Guy-Pierre Couleau, un clair-obscur qui nimbe le plateau et plonge l’action dans un indéfinissable statut, entre réel et illusion. Le metteur en scène a choisi d’insister sur deux préoccupations qui lui semblent majeures : la justice et l’innocence. L’emblématique question d’Hamlet s’amplifie: être ou ne pas être résonne comme un questionnement sur les apparences (à travers lesquelles se met en scène la vérité), mais aussi sur le devoir, la responsabilité morale (est-ce faire justice pour Hamlet que de venger son père en tuant son oncle ?) Physique en lame de couteau, blondeur gracile, faussement innocente, le comédien Benjamin Jungers, qui interprète Hamlet, donne brillamment corps au tourment de son personnage. Autour du plateau, des peintures façon Jean-Michel Basquiat agissent comme les projections picturales chaotiques d’un royaume en décomposition. La folie d’Ophélie, quant à elle, s’exprime à travers les torsions soudaines de danses indiennes. Les costumes sont discrets, le jeu sans afféterie, la lumière délicatement juste. C’est le texte dans toute sa pureté qu’on entend, grâce à une mise en scène et des comédiens d’une grande élégance.

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