La vie malgré les vicissitudes

Notre besoin de consolation est impossible à rassasier
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"Notre besoin de consolation est impossible à rassasier", S. Dagerman, mes Simon Delétang ©J.-L. Fernandez

©J.-L. Fernandez

“Notre besoin de consolation est impossible à rassasier” se donne comme un “oratorio électro-rock”, et cette manière d’en décrire la forme lui convient bien. Sobrement mis en scène, c’est avant tout une récitation-concert, sans fioritures, ce qui n’exclut pas qu’elle soit finement travaillée. L’interpellation fulgurante qui réside dans le texte est délivrée au public frontalement, avec toute sa force brute. La musique tissée autour par le groupe Fergessen (Michaëla Chariau et David Mignonneau) lui offre à la fois un soutien et un contrepoint qui magnifient le verbe. Un spectacle qui ne se dérobe pas face aux gouffres ténébreux de l’existence, mais qui affirme la force de l’aspiration à la vie.

Le choix effectué par Simon Delétang de porter ce texte n’est pas neutre. Ce poème en prose est comme l’élan désespéré d’un homme déchiré, qui cherche une lumière et le souffle d’une “raison de vivre” alors même qu’il vacille au bord de l’abîme. Ce texte, intense et brûlant autant qu’il est court, est l’œuvre de Stig Dagerman, écrivain, poète et dramaturge suédois. Trouver comment ne pas désespérer, alors même que Dieu est absent et que l’homme est pris au piège de fausses consolations, qui ne réparent pas les déchirures qui l’habitent : on comprend que la prose de Dagerman trouve des échos dans nos vies malmenées, destiné qu’il est à celles et ceux qui ont du mal à se réconcilier avec les spasmes qui agitent le monde.

Si le matériau textuel est sans complaisance, et ne se refuse pas à raconter la part des ténèbres, la façon dont Simon Delétang le déclame, droit et précis, met tout de même en exergue ce qu’il porte de consolation. Le “miracle” de Dagerman réside dans “la découverte soudaine que personne, aucune puissance, aucun être humain, n’a le droit d’énoncer envers [lui] des exigences telles que [son] désir de vie vienne à s’étioler”. Des mots qui portent une charge vivace pour un public qui les accueille dans des temps troublés.

Michaëla Chariau et David Mignonneau n’offrent pas qu’une illustration sonore : ils sont aussi le chœur qui susurre les fausses consolation, et leur musique électronique mais charnelle, déchirée de riffs de guitare, bat comme la pulsation lente de la vie et de l’angoisse mêlées. Leur apport n’est pas anecdotique : fiévreuse ou joyeuse, leur partition sublime le texte en composant un trio véritable avec l’acteur.

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