La Grèce à l’honneur du 7e festival « Scènes d’Europe »

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Scènes d'EuropeCréé en 2009 sous l’impulsion de Ludovic Lagarde, directeur de la Comédie de Reims, le festival « Scènes d’Europe » est un pôle de convergence de la création européenne. Sept scènes participent à ce projet collectif, réunissant plus de 200 artistes et 10 000 spectateurs.

Frappé par une réduction substantielle de son financement public, le festival a dû resserrer son activité sur dix jours au lieu de seize les années précédentes. Ce qui n’a pas empêché une programmation dense, ainsi que le prolongement du programme « YPAL » (Young Performing Arts Lovers), initié par Anne Goalard, déléguée générale du festival. Ce réseau de jeunes spectateurs européens est une occasion d’échanges et de découvertes dont on saluera l’initiative.

Après « Gaïa » et « Guerre et paix », la thématique retenue pour cette édition tenait à cœur à Ludovic Lagarde, bon connaisseur de la nouvelle scène grecque. Une façon de rendre hommage au berceau du théâtre, en ces temps où le spectacle vivant prend de plein fouet la crise économique et la rehiérarchisation des politiques culturelles. « Scènes d’Europe » accueille ainsi le Blitz Theatre Group, dynamique collectif athénien qui vient présenter deux spectacles : son adaptation de « Vania » et « 6 A.M. How to Disappear Completely », créé en octobre dernier à l’Onassis Cultural Centre.

Festival pluridisciplinaire, « Scènes d’Europe » a intégré six artistes venus de toute l’Europe qui ont présenté leur travail dans le cadre du Frac : performances très inégales dont on retiendra surtout la conférence d’Aurélien Gamboni « On Balls and Brains », qui dresse un saisissant parallèle entre l’art séculaire du bonneteau et la manipulation de notre attention par le système capitaliste ; un propos appuyé par l’analyse critique du célèbre tableau de Bosch « L’Escamoteur », recomposé sur scène et récepteur d’un décryptage particulièrement convaincant, même s’il aurait pu être poussé encore plus loin.

(c) Alexandra Fleurantin

(c) Alexandra Fleurantin

A noter également la représentation de « Mazut », de la compagnie Baro d’evel, au Manège de Reims : à la croisée du cirque, de la danse et du clown, c’est un patchwork poétique et esthétiquement léché. Desservi par un manque de narration et de ligne directrice, le spectacle contient toutefois un beau travail sur les trajectoires et la liquidité, à l’image de ces récipients en métal qui, recueillant les gouttes d’eau échappées des cintres, génèrent un rythme envoûtant ponctuant le spectacle. Le tout porté par deux interprètes au sommet de leur art.

Enfin, le festival a accueilli le très attendu « Les Français », la nouvelle création de Krzysztof Warlikowski (lire notre critique), moment-phare de la programmation, qui souligne qu’au-delà du cas particulier de la crise grecque, c’est bien à la crise en général que les scènes font écho aujourd’hui : crise économique, mais aussi et surtout crise des identités et des représentations.

Festival “Scènes d’Europe”, à Reims.
Du 28 janvier au 6 février 2016.
http://www.scenesdeurope.eu/

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