Une histoire de vache

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Étonnement, ce qui relie ces Chantiers d’Europe et I/O au-delà de la foi dans la subversivité du spectacle vivant, c’est notre origine bovine commune. Bovine et divine, pour être précis. Dans nos deux héritages mythologiques, Europe et I/O se sont unis à Zeus devenu taureau pour l’occasion. Mais tandis que nous étions transformés en génisse et poursuivis par un taon, Europe subissait déjà les plaies qui lui collent toujours à la peau et qui font résonner par-delà les frontières les lamentations de ceux qui sont arrachés à leur terre. Enlevée loin de son rivage, elle subit sans révolte les volontés du démiurge, aveuglée par la blancheur mirifique de ce corps étranger, et pousse son frère Cadmos à partir à sa recherche. Et comme tout devient étrangement cohérent, c’est encore à une vache que celui-ci devra son futur royaume. Sans tomber dans l’extrême de la tauroctonie, il est certain que les conséquences de ces amours vaches poussent les artistes européens à interroger cette soumission incongrue et invitent les peuples à une révolte par les formes et la pensée. Certes, les chantiers ont pris du retard, mais commencer ensemble le périple est déjà en soi un acte de résistance.

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