La 9ème édition du Oslo Internajonale Teater Festival invite cette année autant à la performance in situ, incarnée dans l’espace urbain, médiatisée par des performers, qu’à la plongée sensorielle extra-humaine.

Est-ce parce qu’on arrive dans la ville sous un ciel lourd, ruisselant d’une pluie grise, qu’entrer dans l’enceinte délicatement éclairée du Black Box Teater, s’y laisser envelopper par les phrases de Rosa,”livre vivant”, nous donne le sentiment d’entrer dans le bain chaud de sa voix ? Pourquoi ces phrases-là ont-elles été choisies par cet être-là ? C’est l’une des questions qui traversent la performance de Mette Edvardsen, “Time has fallen asleep in the afternoon sunshine”, dont le propos tient en une ligne pure (qui dure depuis dix ans, le projet ayant fait le tour du monde) : un “performer” apprend les pages d’un livre de son choix et les offre, en tête à tête, à un individu venu l’écouter. Minimaliste, le dispositif maximalise les possibilités d’abandon aux détails, laissant au spectateur le choix de ses attentions : suivre le fil d’une phrase, le perdre, regarder le texte animer le corps du performer, scruter les mouvements de son visage… Ce soir-là, c’est donc Roza Moshtaghi, danseuse d’origine iranienne, qu’on écoute (re)composer de mémoire, un texte de David Sedaris, le transformer par ses lacunes, l’enrichir de ses oublis. Une œuvre écrite rencontre la sensualité d’une voix, se charge de ses hésitations, de ses intensités, nous rappelant qu’un texte n’existe jamais seul, mais toujours pour et par quelqu’un. On éprouve une sensation de l’enfance, celle de s’entendre conter une histoire; s’y ajoute le plaisir du palimpseste, d’une œuvre vivante parce qu’impure, acceptant de se perdre à travers le souvenir de son lecteur.

Dans la petite salle dans la pénombre du Black Box Teater, “The Beholder”, l’installation textile de Signe Becker propose, au son d’une envoutante musique électronique, de  s’immerger dans une respiration tellurique d’avant les hommes – hypnotique et superbe expérience de souffle primal. Corps demi-incliné dans une presque totale obscurité, le public fait face aux soulèvements, par d’irrégulières masses d’air, d’un tissu soyeux, dont les creux et protubérances, entièrement dessinés par les vent(ilateur)s évoquent tantôt des voiles de bateau, des ventres de femmes et des crânes d’enfants. On a retrouvé cette volupté sombre, enveloppante et inquiétante, dans le spectacle de Findlay/Sandsmark, “Every night in my dreams (early Cameroon)” où l’artiste, manipulant sur scène, une glaise molle, semblait engendrer un pullulement de Golem, donnant vie à un peuple de petits présences – à moins que ce ne soient des ossements.

Le bouillonnant festival débordait dans la ville, traversant ses squares et avenues par les déambulations oniriques et loufoques du duo d’artiste Heine Avdal et Yukiko Schinozaki. Mêlés aux mobilier urbain, sortis des bosquets ou des branches d’un arbre, de poétiques silhouettes semblaient chercher dans le pavé, l’irruption d’un signe. On a entendu un passant s’interroger à leur propos : “Are they high?” – nulle doute que le Oslo Internajonale Festival fait s’élever avec grâce.

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