I/O n°50 [édito] : L’oint des yeux, l’oint du cœur

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« Peut-être l’immobilité des choses autour de nous leur est-elle imposée par notre certitude que ce sont elles et non pas d’autres, par l’immobilité de notre pensée en face d’elles. » C’est que notre Proust national en savait quelque chose, du mouvement de la pensée enfermée dans un corps alité et reclus. Chez I/O, on pratique la double aération du corps et de l’esprit. On parcourt avec ferveur les sentes sinueuses des sous-bois festivaliers. Et comme mieux vaut un loup dans le troupeau qu’un mois de février trop beau, on ne craint pas la fine pluie rémoise qui vient caresser nos chevelures coruscantes. Mouvements : pour cette 8e édition de Scènes d’Europe, il n’y a pas que les échos de migrations en souffrance qui résonnent depuis la Méditerranée, mais aussi des histoires heureuses. Celle de Yamen Mohamad, par exemple, débarqué en 2013 après avoir fui la Syrie, aujourd’hui étroitement associé à la programmation du festival. Pendant mille ans, entre 816 et 1825, Reims fut la ville du sacre. La sainte ampoule, contenant le baume dont on oignait les trognes dynastiques, ce sont aujourd’hui les spots de la Comédie, du Manège ou de l’Opéra qui éclairent ces comédiens, danseurs, performers, plasticiens venus partager un petit bout de leur mouvement intérieur à eux. Ce sacre de l’art, cet élan vital, il est bien sûr précieux de les défendre. Et de les fêter : ni la chair ni l’alcool ne sont tenus d’être tristes. Alors, champagne !

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