Collectif Marthe : « Le Monde renversé »

Par Collectif Marthe

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Notre première création, « Le Monde renversé », s’est construite en plusieurs étapes : la toute première vient de la proposition de l’une d’entre nous de créer un spectacle sur les sorcières. Pendant deux ans, nous nous sommes donc retrouvées autour de textes théoriques féministes, bréviaires de sorcellerie, guides et manuels d’avortement par les plantes. De toutes ces nombreuses recherches, un livre semblait dégager un agencement théorique et fantasmatique qui nous enthousiasmait, et qui semblait pouvoir tenir lieu de fil conducteur pour notre première création. Il s’agissait de l’ouvrage « Caliban et la Sorcière », de la militante féministe Silvia Federici. Ce livre explore l’impensé historique des grandes chasses aux sorcières en Europe, en étudiant les corrélations entre l’avènement du capitalisme et l’avènement d’un système répressif qui visait à contrôler la sexualité des femmes et la procréation. Nous avons donc cheminé avec ce livre, en tentant, par d’incessants allers-retours entre improvisations et sessions d’écriture, de traduire sur un plateau de théâtre cette histoire cachée et les répercussions que nous pouvions encore aujourd’hui reconnaître dans nos intimités. Il s’agissait de mettre en place un vaste laboratoire de mise en scène collective, afin de déplier cette toile de fond du Moyen Âge à nos jours, à la fois en explorant les figures de sorcières que nous avions pu craindre enfants et en nous replongeant dans les luttes féministes des années 1970. Nous nous sommes emparées de cette figure de « la sorcière » pour en exploser la dramaturgie, démonter des mécanismes d’oppressions et de déterminismes, et en rire aussi bien sûr, en tentant réellement de défier les lois de l’apesanteur sur nos balais. Nous, le collectif Marthe, allons continuer ce travail de recherche s’appuyant sur des faits sociologiques et politiques pour les faire délirer et en trouver le principe théâtral. Fortes du bagage théorique que nous avons emmagasiné pendant la création du « Monde renversé », des notions d’empowerment ou d’autonomisation en politique, aux luttes acharnées des féministes des années 1970, nous souhaitons continuer de tisser un théâtre explorant les rouages du capitalisme, et les formes de résistance à la marchandisation des corps et du vivant.

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