Vigie de l’admirable

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Ils sont importants, les mots nouveaux ; ils affinent une pensée, la complexifient, lui ouvrent aussi parfois des paysages entiers à défricher. Dans son dernier ouvrage, « Curriculum », récemment paru chez Verdier, Paul Audi nous invite à saisir jouissivement la création grâce notamment à son concept-valise d’esth/éthique. Employant allègrement les mots de « merveille », « miracle », « épanouissement » et leurs déclinaisons, le philosophe ouvre la brèche au tendre ravissement de la contemplation. Extraits du marasme, réhabilités dans notre passivité de récepteurs, nous sommes alors sujets consentants de ce rapt en douceur, prêts à accueillir le monde dans son inutilité foncière. Citant Bataille, Audi fait sienne l’idée de souveraineté comme possibilité de se donner « un court instant la sensation miraculeuse de disposer librement du monde ». Peut-être invente-t-on ici de nouvelles reliques, celles qui échappent à notre déférence si occupée à scruter le pourquoi des œuvres, les intentions des artistes, oubliant que l’art s’offre gracieusement, irréductible à toute fonction.La contemplation de l’admirable s’articule aux facultés visionnaires du créateur. Soudain libre, délivré de la prostitution à l’air du temps, il inventera de nouveaux langages qui éveilleront nos consciences et proposera des images audacieuses pour revitaliser notre instinct.

À nous de chanter les louanges de ces admirables trouées vers l’inconnu.
Aux festivals alors de préparer l’espace-temps nécessaire à l’accouchement.

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