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Alors que la Chapelle du Verbe Incarné fête ses vingt ans, rehaussant sans cesse l’exigence artistique pour présenter quelques spectacles d’Outre-Mer, l’agence de diffusion et de promotion des cultures d’outre-mer dont le projet a été initié par Greg Germain et mis en œuvre en 2012 est menacée de se voir supprimer dès la rentrée. Ses missions seraient transférées à la Cité des Outre-Mers qui a été lancée à la hâte par François Hollande en mars dernier mais qui ne verra pas le jour avant 2019…

Cette agence dirigée par Daniel Carcel est en lien avec le ministère de la Culture et le ministère des Outre-Mers et dispose de financements publics pour promouvoir les productions culturelles des territoires ultra-marins. L’enjeu est de taille car l’agence telle qu’elle existe actuellement permet à de nombreux spectacles de se produire en Avignon et dispose même de sa propre brochure pour mettre en valeur sa programmation auprès du public. Elle est véritablement implantée dans l’espace du festival OFF car elle permet à des compagnies d’outre-mer implantées en France ou à des compagnies d’outre-mer travaillant dans leurs territoires de présenter leur travail afin de toucher des programmateurs éventuels dans différents théâtres avignonnais. Ces spectacles sont autant de comètes dans la nébuleuse du OFF. De fait, l’agence accompagne cette année 16 spectacles dans différentes disciplines. Par ailleurs, elle travaille à l’année à de nombreux projets dans toute la métropole et sur les territoires ultra-marins.

De fait, cette année encore, sa programmation est d’une très belle cohérence et évoque en même temps que la question de la mémoire de l’esclavage, d’autres thématiques plus actuelles comme un spectacle de danse « Principe de précaution » qui dénonce la pollution au chlore. Ce qu’il y a de plus fort dans ces choix esthétiques, c’est qu’elle recèle toujours quelques poètes méconnus du grand public comme Bernard Lagier qui était présent l’année dernière… Cette année, entre autres, Julius-Amédée Laou présente une nouvelle création Une autre histoire ou le malentendu qui évoque l’itinéraire d’opprimés dans un monde en train de naître dans la domination coloniale des XVe et XIXe siècles. C’est là aussi le texte d’un poète comme il est si rare d’en entendre au théâtre. Fani Carenco et sa compagnie de la Grande Horloge adapte quant à elle le roman d’André Schwarz-Bart, « La Mulâtresse Solitude » paru en 1972 et s’inspirant de la vie d’une vraie esclave.

Les mots ne sont pas fragiles quand ils racontent avec autant de justesse ce que fut la souffrance de plusieurs générations qui vécurent dans les fers, déportés et battus et quand des comédiens portent encore cette parole dans une belle et gravide contemplation, on a l’impression que cette souffrance coule toujours dans nos veines, à jamais sans doute. Il faut laisser la possibilité à ces spectacles de venir à Avignon car ils font partie de manière éclatante et irréversible de la programmation du Festival. On ne saurait laisser le nouveau gouvernement si prompt à marcher mettre en péril un dispositif qui a fait ses preuves et qui permet aux amoureux des poètes et des créations authentiques, d’en découvrir toujours de nouvelles, et toujours aussi précieuses les unes que les autres.

Sur la radio l’écho des planches, retrouvez une page dédiée à ces spectacles ainsi qu’un plateau où Greg Germain entre autres évoque les difficultés actuelles de l’Agence.
Sur l’Alchimie du Verbe, retrouvez les critiques des spectacles d’outre-mer évoqués dans l’article.

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