© Jean Adrien Morandeau

A l’origine, le festival Mythos est une affaire de copains. En 1996, Maël Le Goff et Emilie Audren décident de réunir quelques amis pour se raconter des histoires et faire la fête. Vingt-deux ans plus tard, Myhtos est devenu grand et, toujours dirigé par Emilie Audren et Maël Le Goff, le festival est devenu un temps fort de la vie culturelle rennaise.

Sous l’impulsion du Centre de Production des Paroles Contemporaines, également en charge du théâtre L’Aire libre à Saint-Jacques-de-la-Lande, Mythos a su se développer sans trahir son essence : faire vivre le conte. Pendant dix jours, ce sont donc des conteurs, des slammeurs, des musiciens ainsi que des raconteurs d’histoire qui se sont succédés dans la vingtaine de lieux dédiés au festival. C’est donc avec une volonté affichée de faire le pont entre conte et théâtre que l’édition 2018 a mis en lumière le travail d’auteurs aussi bien confirmés (Mohamed El Khatib y présentant « C’est la vie ») que moins connus du public.

C’est donc ainsi que nous avons abordé notre découverte de Mythos : comme une promenade dans un incubateur de talents. Et ce sont eux, ceux dont nous ne connaissions pas encore le nom, qui ont marqué notre visite au festival. Disons-le tout de suite, les spectacles présentés comme des évènements (« Gus » et « Hedda ») nous ont laissé une impression en demi-teinte, un sentiment de beaucoup de bruit pour pas grand chose, particulièrement la baudruche « Hedda » tout en écriture ampoulée qui dessert fortement un propos pourtant intéressant. Et puis, au détour d’une petite salle aux murs de pierre on l’a trouvé, notre conteur qui allait à lui tout seul justifier notre présence à Rennes : notre héros, c’est Marien Tillet, venu présenter une étape de travail du « Dernier ogre », réécriture mi-slammée mi-parlée de l’histoire du Petit Poucet. Arrimant le conte que nous connaissons tous à des questions éthiques en s’appuyant sur le cannibalisme élargi tel que théorisé par Claude Lévi-Strauss, Marien Tillet explore la frontière poreuse entre ce qui est bien et ce qui est mal, suggérant que l’un découle de l’autre et inversement.

Et voilà, à la sortie du « Dernier ogre », que nous est apparu ce qui nous semble présider à Mythos ; faire le lien entre passé et présent, en passant par des figures historiques du conte, et mettre en lumière des questions sociales et sociétales qui se posent de nos jours, via une mythologie accessible à tous. Véganisme, écologie et anti-capitalisme, violences faites aux femmes, dépression, précarisation des plus faibles, tout est abordé avec dans l’ensemble une certaine délicatesse, ainsi que le fait Gérard Potier dans son « Une vie de Gérard en Occident ».

Comme il faut bien se remettre de ses émotions, la réflexion laisse place à la fête le soir venu. C’est dans le jardin du Thabor que les festivaliers mangent, boivent et dansent jusque tard dans la nuit. Des dizaines de chefs se succèdent sur la totalité du festival pour nourrir ces grands enfants qui veulent reprendre des forces avant d’aller danser devant Beth Ditto, Hollysiz ou Arnaud Rebotini. Sous le chapiteau du Cabaret Botanique, les peaux rosissent sous la boule à facettes. Le festival se termine en musique, les festivaliers peuvent aller se coucher heureux : l’histoire n’était pas si mal.

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