Populaire, vous avez dit populaire ?

Par Rodolphe Fouano

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Jean Vilar

Jean Vilar / D.R.

La question revient chaque été comme une tarte à la crème : Avignon est-il encore un festival populaire ? L’esprit de Jean Vilar y demeure-t-il ? Ces interrogations agitent la presse. Certains s’autoproclament héritiers de Jean Vilar quand d’autres crient à la trahison, à la récupération.

Vilar définissait le « théâtre populaire » comme une « utopie nécessaire ». De 1947 jusqu’à sa mort, en 1971, il a cherché à Avignon, à travers les immenses aires de jeu en plein air, l’esprit de la scène élisabéthaine et du théâtre grec. Car si le théâtre est un « service public », selon sa fameuse formule, comme le gaz, l’eau et l’électricité, il doit être accessible à tous, tandis que des rencontres, en marge des pièces, le (ré)inscrivent au cœur de la cité. « Il faut savoir pourquoi on fait du théâtre et en déduction, il faut savoir pour qui », expliquait-il. Toutefois, théâtre « populaire » ne veut pas dire théâtre « prolétaire » : « universel », il s’adresse au « peuple entier », selon un idéal porté par Pottecher, Zola, Gémier et, avant eux, Hugo, le premier à avoir rassemblé les termes « théâtre », « national » et « populaire », en… 1831 !

Les temps ont changé. La composition sociologique de la population aussi. Il y a une vingtaine d’années, devenu tabou, le terme de « populaire » avait disparu. Peu l’employaient, a fortiori le revendiquaient. Le bouillonnant Philippe Torreton détonnait en clamant : « Il faut rendre le théâtre à la population. » La notion est aujourd’hui réhabilitée. Robin Renucci tout comme Stanislas Nordey sont passés par là. Christian Schiaretti également. Il ne faut pas en avoir peur : « populaire » n’est pas un gros mot !

Élargir la composition sociale des publics est l’objectif de ces utopistes. Sans sombrer dans le populisme. Sans vulgarité ni racolage. Et sans canassons, n’en déplaise à Bartabas… L’« élitaire pour tous » d’Antoine Vitez résonne, avec parfois un glissement du « pour tous » à « pour chacun »…

Pour sa part, Olivier Py rêve d’un Festival d’Avignon au-delà des remparts, où a été construite la FabricA, magnifique outil sans budget de fonctionnement ! On relèvera en passant l’incohérence des pouvoirs publics à l’endroit du « populaire »…

Enfin, en la matière, le prix des places compte, même si la tarification ne fait pas tout. Pour être populaire, le théâtre doit d’abord et surtout procurer de la joie, être une « fête », dans sa dimension de communion. Rousseau et Romain Rolland le savaient : l’ennui (fréquemment ressenti au théâtre !) est le pire ennemi du populaire. D’où la réintroduction des bals et des concerts, côté IN ; et de la parade, côté OFF.