Le Bain et le Voyage à La Haye

Le Bain et le Voyage à La Haye

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Il entre par derrière, droit et sec, nous fixe, sans dureté mais sans nous laisser pour autant la possibilité d’échapper à sa présence, comme la mort qui rôderait sous une apparence familière. C’est vers elle, vers les jours qui la précèdent à plus ou moins brève échéance, que convergent ces deux récits testamentaires de Lagarce. Le comédien Patrick Coulais restitue avec brio la sobriété délibérément plate et foudroyante de l’écriture de l’auteur. Évitant tout pathos, il se contente d’étouffer la salle avec la gravité des mots qu’il détache, arborant parfois un équivoque sourire aux lèvres, suggérant, à travers l’extrême plasticité de son visage, que les sentiments sont toujours mêlés. Ainsi la scène du bain – où Lagarce retrouve un ancien amant sur le point de mourir – concentre-t-elle le drame d’un corps épuisé et la légèreté d’un instant d’amitié – banal mais bien vivant, et comme tel, arraché au tragique. Réceptacle de leurs retrouvailles, sas avant l’absorption fatale, l’eau ressemble à une étrange parenthèse qui sort les corps de leur réalité. Dans ce spectacle d’une intensité rare, l’émotion culmine dans cette manière presque embarrassante de lier le pire et l’anecdotique, l’inéluctable et le quotidien.

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