Rocco et ses frères

A Lyon, Rocco sur le ring

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Encore trop peu connu en France, Simon Stone a présenté au mois de mai aux Célestins de Lyon une adaptation sportive et musclée de « Rocco et ses frères », le chef-d’œuvre de Luchino Visconti. Créée en octobre 2015, la production vient de Munich et est interprétée par les formidables acteurs des Kammerspiele. Dans une mise en scène et une interprétation « coup de poing », c’est entre un ring de boxe et une salle de sport que se sont joués les déchirements d’une famille éclatée.

Comme Ivo van Hove, Thomas Ostermeier ou encore Johan Simons avant lui, Simon Stone se fait un habile adaptateur de films au théâtre et se hisse d’emblée presque à la hauteur des grandes pointures précitées. De « Rocco et ses frères », il ne cherche pas à en retranscrire ou copier l’image. Juste fidèle à l’intrigue et aux personnages du réalisateur italien, Simon Stone réinvente tout. Il extrait Rocco de ses magnificences au profit d’une forme plus brute, plus sèche, plus âpre, à l’image des dialogues réécrits dans un langage particulièrement cru d’aujourd’hui. Le geste permet de délivrer une version tout à fait contemporaine, pertinente et percutante, du film sorti en 1960.

Un monticule de valises, de duvets, de sacs proéminents, des corps comateux et entassés dessus, des êtres fragilisés dans un hall d’aéroport ou la promiscuité d’une chambre dortoir, la première séquence du spectacle n’est pas sans rappeler d’entrée de jeu les images documentaires des migrants qui font l’actualité. Le film de Visconti parle de déracinement, de l’exode d’une famille qui fuit la misère dans l’espoir de se réaliser à la métropole. Sur la scène volontairement dépouillée, la ville est un désert urbain où trône la carcasse d’une voiture calcinée. Simon Stone accentue la dimension sociale du mélodrame viscontien qu’il fait résonner sur le plan politique comme dans le champ de l’intime.

Sans romantisme naïf, s’exprime le besoin d’émancipation individuelle, de reconnaissance. Le désir, la passion, la violence, la cruauté culminent dans une direction d’acteurs hyper précise et physique. Le corps est roi chez Simon Stone. Il se livre sans détours comme un moyen d’affranchissement et d’affirmation de soi. Le rythme effréné de la représentation et la dépense énergique des acteurs tous excellents (Thomas Hauser, Franz Rogowski, Samouil Stoyanov et Brigitte Hobmeier, sublime prostituée pathétique) servent la lutte vitale, insolente et bouleversante des personnages viscontiens.

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