Du chœur à l'ouvrage

La maîtrise en question

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La création d’opéra existe encore ! J’en ai eu la preuve au théâtre de Caen en découvrant « Du chœur à l’ouvrage », opéra sans adultes pour enfants rescapés, élaboré par un vrai compositeur vivant (si si, ça existe, n’ayez pas peur !), Benjamin Dupé, et une écrivaine connue pour savoir ce qui trotte dans la tête de la jeunesse, Marie Desplechin, le tout porté sur scène par la Maîtrise de Caen.

Il s’agit bien de maîtrise, ici. La petite fable met en abyme le quotidien du groupe de chanteurs, bouleversé par un naufrage. Les enfants « sauvés des eaux », isolés, maîtrise sans maître, chœur sans chef, soudain libérés des contraintes et de la discipline musicale ou bien livrés à eux-mêmes, doivent faire le choix de la dictature ou de l’anarchie. Mais c’est la superstition qui parvient à canaliser les forces opposées, le culte d’une idole à la voix cristalline. Or, quand cette pureté s’effrite, l’harmonie flanche et la violence s’invite.

Les enfants en classe à horaires aménagés musique réalisent ainsi une production par an et toute une série de concerts. Olivier Opdebeeck, le directeur de la maîtrise, m’explique ce bel exemple de mutualisation des forces. Pour réaliser ce dispositif d’éducation artistique, trois institutions sont engagées : l’Éducation nationale pour l’enseignement général, le conservatoire pour les apprentissages musicaux et le théâtre de Caen pour les productions et les représentations. « Malgré cette scolarité particulière, les enfants restent quand même des enfants », me confie-t-il avec le sourire. « Si on leur demande ce qu’ils ont préféré de la résidence au théâtre, ce sont les trajets en bus et les sandwichs partagés avec les copains. »

Benjamin Dupé parle lui du plaisir d’inventer une dramaturgie au service d’une grande œuvre. « L’opéra a ses propres codes avec lesquels il est intéressant de jouer. Mais il est passionnant de sentir ce que l’on peut inventer avec les enfants », m’explique le compositeur en prenant l’exemple de l’ouverture, la tempête en mer. Je trouve pour ma part très intelligent d’avoir choisi de traiter de la question de la maîtrise en elle-même. Celle que l’on veut avoir sur la jeunesse en lui imposant une discipline, ou bien celle qu’on veut lui transmettre, la maîtrise des signes pour pouvoir s’approprier le monde.

Ce projet a vocation à reprendre la mer. Il sera repris au Nouveau Théâtre de Montreuil avec la Maîtrise de Radio France-Bondy, puis à la Criée à Marseille et au Grand Théâtre de Provence avec la Maîtrise des Bouches-du-Rhône.

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