Bérénice/Paysages

© Matthieu Edet

En 1670, Racine créa « Bérénice », tragédie du renoncement amoureux sur fond de conflit politique. En 2018, c’est au tour de Frédéric Fisbach de créer sa version, adaptée de la pièce de Racine par ses soins et baptisée du nom ô combien poétique « Bérénice/Paysages ».

Ces paysages du titre, ce sont ceux devant lesquels Frédéric Fisbach et le comédien Mathieu Montanier invitent délicatement les spectateur·ice·s pressé·e·s à oublier leur stress pendant cinquante minutes et à se poser en se laissant bercer par la voix de l’acteur. Dans une scénographie imaginée par Charles Chauvet, Mathieu Montanier évolue seul sur la scène transformée en écrin, en cocon. Des fleurs ici, une serviette éponge là, et une grande table noire, qui agira comme une scène sur la scène où évoluera l’interprète de la pièce pendant la quasi intégralité de la représentation.

Sur scène, l’homme est seul. Il ne se passera, oh, presque rien, comme il ne se passe presque rien dans les tragédies. Il se démaquille. Plus tard, il mangera un bonbon et enverra un texto en réponse à un message qui, on le devine sur son visage, ne lui a pas fait plaisir. Tandis qu’il se démaquille, une voix, la sienne, commence à murmurer. Il faut tendre l’oreille pour entendre ce que l’homme sur scène dit. L’homme sur scène dit « Bérénice ». De « Bérénice » il dit Bérénice, mais aussi Titus et Antiochus, à voix basse, chuchotée comme pour lui-même. On devine que l’homme sur scène en sort, justement, de scène. « Bérénice/Paysages », c’est tout le chemin qu’il faut faire entre la sortie de scène et le retour à la vie quotidienne. Le temps pour soi où, fragile encore de ce que l’on vient de jouer, il faut enlever son costume et remettre son armure.

« Bérénice/Paysages » est un spectacle fait pour un funambule. Une émotion, légère, évanescente. Un cadeau offert au public pour les fêtes de fin d’année. Une petite musique qui se joue quelque part entre Racine et Sagan (Sagan n’avait-elle d’ailleurs pas baptisé un de ses romans « Dans un jour, dans un an » en hommage à « Bérénice » ?), délicate comme une fugue de Bach. Une consolation offerte à qui voudra bien tendre un peu l’oreille. On ne saurait que recommander de se précipiter au Théâtre de Belleville.

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