Les Collines du sombre héros

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C’est sur un petit cheval de manège que Francis Huster fait son entrée, une colombe sur l’épaule. Référence suspecte à « Lucy » de Luc Besson, « Les Collines du sombre héros » nous entraîne dans un western spaghetti dont le scénario pourrait tenir sur une clé USB. « Le hors-la-loi comme l’ambitieux est toujours celui qui faillit », écrivait Jean-Marie Hordé, intertexte critique que le polo jaune de Faudel semble convoquer innocemment (la bonne surprise du spectacle). Texte majeur du XXe siècle trop peu monté, « Les Collines » se situent dans une zone franche entre Giraudoux et Pascal Rambert. Empruntant à l’un sa verve de droite et à l’autre son sens de l’espace, cette tempête sous quatre crânes est aussi politique que politique, comme l’a dit lui-même Sergio Leone. Roselyne Bachelot, plus sobre qu’à son habitude, semblait plus à l’aise en coulisses que sur scène.

Mais la vraie radicalité se loge souvent là où on ne l’attend plus, la sauce en moins. C’est donc après cette séquence épuisante de 17 minutes durant laquelle Huster énumère méthodiquement un à un les références et les montants des virements bancaires qu’il a effectués sur son compte en Suisse entre 1984 et 2016, qu’apparaît au lointain l’hologramme de Joe Dassin interprétant « Côté violon, côté banjo », hymne nous renvoyant en pleine face l’ambiguïté morale universelle qui sommeille en chacun de nous. L’art de chatouiller la bête immonde sans jamais la réveiller. Cette épopée sablonneuse et montagneuse est par ailleurs magnifiquement illustrée par les cartes postales de Bernard Fau (frère de) qui jonchent le plateau et nos esprits. En somme, un paysage état-d’âme qui nous rappelle les rythmes de samba de notre jeunesse, l’amour à la plage et tous les chapeaux troués.

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