Lex

Il est difficile d’être un dieu

Par

© Loran Chourrau

Agenouillons-nous devant l’Olympien : il émerge d’un sommeil volcanique pour s’élever devant le mortel… À l’image d’une sculpture de musée dont les muscles se bandant réveilleraient l’âme enfouie dans la pierre, elle avancerait son regard poussiéreux vers le public ébahi et, le temps d’une apparition ésotérique, rappellerait à quiconque en douterait la divine force qui agite ses chairs. Voilà à quoi invite le solo « Lex » : un défi pugnace au spectateur… Qui voudrait le relever ? Car Sylvain Huc écraserait voire annihilerait d’une ossature inhumaine le téméraire gladiateur : plus il s’érige (et quelle érection !) plus son visage ramené au monde des vivants s’anime d’une folie meurtrière que seuls les enfants de titans possèdent. Peu à peu il se déforme chorégraphiquement en s’accoutumant d’une parole plus que dérangeante : autant de « C’est ça… Voilà… Oui… C’est ça… » qui fragilisent la maigre assise du public — mantra dont l’excessivité entre comique et effroi s’enchevêtre finement avec la création sonore de Fabrice Planquette. Comment ne pas entendre nos propres os craquer quand la veine d’Hercule écrase compulsivement au sol un ennemi invisible qui ne le menacerait pas plus qu’une fourmi parasite à l’aventure d’un mollet ? — D’un ciel outrageant la terre d’une bonne correction.

« Lex » montre donc un mâle éprouvant le rituel de sa virilité : ses muscles saillants et gonflés luisant de transpiration débordent généreusement de sa combinaison divine… Rituel que Sylvain Huc va mener à son terme en l’épuisant tout au bout de la monstruosité : son visage (humain) déformé par la puissance (inhumaine) qui l’habite prend le contrôle avant que tout le corps ne se plie à une hyperbole corporelle l’entraînant vers une frénésie bientôt létale. Même les héros s’effondrent : à force d’étreindre leur désir, le voilà qui les oblitère… Comme un présage d’apoplexie : le danseur devra finalement rendre les armes de son corps pour obéir aux lois du monde dont il échoue à être l’absolu démiurge… Dommage que l’inclination salutaire tombe par moins de profondeur dramaturgique faute d’une vraie mécanique de l’effondrement, car « Lex » aura tout de même habilement ébauché la stature d’un dieu luttant contre la déchéance.

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