Émancipation par KO debout

Dans les cordes (entrailles)
Par

DR

Après « Depuis l’aube », l’autrice et metteuse en scène Pauline Ribat poursuit son exploration de la sexualité féminine. « Dans les cordes » raconte les crises que traverse un jeune couple pour s’affranchir du modèle familial traditionnel. Plantés dans un décor bourgeois comme deux instruments désaccordés, Alix et Roman tentent de jouer la même partition, celle du couple parfait qui poste ses photos de moments magiques sur Insta et déjeune le dimanche chez les beaux-parents. Or, le désir, le vrai, ne l’entend pas de cette oreille. Qu’on tente de le communiquer par l’achat d’un nouvel ensemble de lingerie ou qu’on essaie de le canaliser dans les offres marchandes pornographiques sur Internet, impossible de le tenir tranquille. Et c’est sur un ring virtuel que le sort du couple va se décider, dans la confrontation des représentations que chacun a de soi, de l’autre, de la sexualité et de l’amour. Si dans son « Ode aux clitoris » Pauline Ribat agençait, pièce par pièce, une mosaïque de récits, témoignages ou encore matériaux documentaires pour décortiquer les mécanismes de pouvoir en présence dans nos rapports intimes, elle choisit avec « Dans les cordes » d’attaquer le mythe du prince charmant en épousant pourtant les caractéristiques du modèle actanciel, à savoir une fiction vécue par des personnages, des rebondissements motivés par une quête et un dénouement. Bien évidemment le message d’émancipation passe avec énormément de force, d’autant que l’autrice n’hésite pas à nommer les choses et parfois aussi crûment que cela est nécessaire pour briser nos remparts, ou bien en trouvant l’image la plus juste pour atteindre nos déclencheurs enfouis. Pour cela, l’alternance de traitement entre les scènes dramatiques in real life et les fantaisies burlesques de la double vie online fonctionne parfaitement. Nous sommes emportés avec bonheur dans un tour de montagnes russes affectives par une troupe d’acteurs assez virtuose, toujours ensemble et tout à fait charismatiques. Toutefois, même si la protagoniste se libère du schéma traditionnel familial, le schéma traditionnel du récit, malmené mais tenace, s’en sort indemne à la fin du spectacle. Or, c’est en déconstruisant nos représentations non seulement dans le fond mais aussi dans la forme, en assenant à l’esthétique classique les mêmes uppercuts qu’au héros sur son cheval blanc, qu’on enverra une fois pour toutes la domination masculine au tapis.

  • 1
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

D'autres articles par