Le Super Méga Continental

© Robert Etcheverry

Cela fait aujourd’hui presque dix ans que le chorégraphe de renommée internationale Sylvain Émard a eu la lumineuse idée de revenir aux sources de la danse populaire québécoise en métissant le traditionnel Continental et la danse contemporaine. Cette danse « sociale » en ligne, dans la veine du madison ou encore de la macarena, s’est vue revisitée, transformée et augmentée pour donner naissance au Grand Continental en 2009, création de la Cie Sylvain Émard en partenariat avec le FestivalTransAmériques. L’événement, porté par une soixantaine de danseurs amateurs, fut une véritable réussite et donna des ailes au chorégraphe qui proposa un Très Grand Continental l’année suivante puis un Continental XL, composé par deux cent danseurs cette fois, en 2011, toujours accompagné par le FTA. La performance gagnera le cœur des foules des plus grandes villes nord-américaines ainsi qu’au Mexique, en Corée du Sud et en Nouvelle-Zélande.

Le concept est vendeur, certes, mais son succès réside dans cette formule magique qui fédère les publics : faire remuer les citoyens pour le plaisir des citoyens. Disparition de l’intermédiaire artiste, de cette élite qu’on adore détester, et remise des clés de la ville à ceux qui la font vivre. Cette année, à l’occasion du 375e anniversaire de la fondation de Montréal par les premiers colons français, Sylvain Émard a donné carte blanche à son ambition et entraîné pendant des mois une troupe impressionnante de 375 danseurs amateurs. Même si la célébration est assurément sujette à controverse, elle est aussi une nouvelle occasion de faire la fête, comme les Québécois savent si bien le faire. A travers ce Super Méga Continental, c’est toute la fierté d’être Montréalais, toute la naïveté sublime de savoir vivre ensemble malgré nos différences qui investit la place des Festivals. Ils sont grands, petits, gros, minces, blancs, noirs, jaunes, verts, rouges, et ils donnent tous la même énergie à exécuter ces quelques pas de danse, parfois hésitants, parfois pleins de grâce, dans un son et lumière vibrant et réjouissant. Grâce à son histoire, à ses dynamiques ethnique et migratoire et à sa légendaire ouverture d’esprit, Montréal reste une métropole quelque peu épargnée par la folie destructrice identitaire de ce début de millénaire. Et pourvu que ça dure, parce que ça fait plaisir à voir.

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