Cellule de dégrisement

Pour être libres de divaguer encore

Par

© Julien Bourgain

« Le Collectif In Extremis est une cellule protéiforme dispersée, qui se regroupe selon le temps et l’urgence de situations particulières. Elle vient habiter des espaces comme des prétextes pour y aménager une zone de création. » Le ton est dit, la cloche sonne. Voilà le manifeste percussif du collectif In Extremis, fondé par douze artistes fraichement issus des Beaux-Arts de Montpellier.

Dans un monde où tout bouge de façon continue et accélérée, il y a une urgence qui est peut-être celle de sérieusement s’amuser ou de s’amuser sérieusement. En résidence dans la galerie Aperto de Montpellier au sein de laquelle ils ont réalisé plusieurs évènements au cours de la saison, le collectif présente actuellement sa dernière exposition : « cellule de dégrisement », point culminant de leur collaboration avec Aperto. Pour la première fois, le collectif ne présente pas les oeuvres de ses membres mais s’attaque à un projet ambitieux de commissariat qui ambitionne de montrer au public ce que les jeunes plasticiens de l’hexagone ont dans l’estomac. Dix artistes dont deux duos ont ainsi répondu à l’appel à la fête lancé par In Extremis pour un résultat endiablé et étourdissant. Chaque projet comporte ainsi une oeuvre en lien avec le thème de l’exposition autour de l’état second. Lorsqu’on pénètre dans la galerie on est littéralement ébloui par l’oeuvre de Trapier-Duporté : « Anelpiston – Fragment 18 » : une grande charpente en bois peinte au Get 27 dont les 9 spots halogènes orientés vers l’extérieur brûle la rétine de quiconque s’aventure dans la cellule de dégrisement. Tout le parcours d’exposition est ainsi conçu pour arracher le spectateur à son état de passivité et le plonger dans des vapeurs alcoolisées, des vortex visuels, des enchevêtrement de sens, des questionnements existentiels latents. Certaines oeuvres sont particulièrement sensationnelles et troublantes. C’est le cas de la cabane de Charles Cadic, vidéo à laquelle on accède en montant à l’étage. Le film commence à l’intérieur de cette petit cabane, d’où l’on observe le paysage à travers la fenêtre, puis tout se met en branle, tremble et s’effondre. Et l’on vit avec trouble la chute fracassante de la cabane au pied d’une falaise normande. La charmante et romantique cabine était en réalité posée sur un rail de travelling et était programmée pour la destruction. La vidéo de Julien Bourgain « bain de soleil au pavillon » est quant à elle une variation sur l’absurde. Un homme, indolent, flotte sur son matelas gonflable et se laisse bercer… dans une fontaine publique. « Qu’il est bon de buller sur un matelas gonflable et rose en plein cagnard, surtout dans la fontaine provençale d’un jardin à la française » écrit Julien Bourgain. Comment ne pas être d’accord, comment ne pas se laisser à un doux fou-rire au son du clapotis de l’eau ? Plus préoccupée et engagée, cette fois « Poulet n° 78121 » du duo Becquemin&Sagot est une sculpture en résine d’un poulet électrocuté dans un abattoir le 3 décembre 1998 accompagné d’un texte sobre qui finit par « Poulet 78121 / Je t’aime, je pense à toi. » qui nous ramène violemment à la réalité de l’industrie agro-alimentaire. On ressort de l’exposition comme d’une machine à laver, tourneboulé et rendus confus par ces échos du ramdam, mais avides de revivre une beuverie de cette volée.

Exposition « Cellule de dégrisement » par le collectif In Extremis / Lieu d’art Aperto – Montpellier/ du 28 mars au 15 avril 2018

  • 20
  •  
  •  
  •  
  •  

D'autres articles par