The Water Wheel

Vers le silence

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Bachar Mar-Khalifé est un musicien intéressant en ceci qu’il cherche, cherche encore, explore et n’hésite pas à s’emparer d’icônes ultimes pour s’y colleter. Dans son album « The Water Wheel », il s’en prend à Hamza El Din. Gonflé. Hamza El Din est sûrement celui qui a su entendre le silence, le silence ultime, la musique du silence. Qui a taillé dans le rien, éradiqué l’inutile, le décoratif. Qui a envahi un imaginaire inatteignable avant lui. Qui l’a offert. Qui a offert à l’humain une compréhension différente de son rapport au réel, main tendue vers l’abandon du mot, de la décoration, du prévisible. Un monstre. Une exception.

Alors, s’en prendre à lui ? Méfiance. Absolue. Hamza El Din est un trésor que ceux qui communient protègent à l’instar d’un Nusrat Fateh Ali Khan, une oasis et une fulgurance qu’il est hors de question d’approcher sans un respect absolu, religieux je vous dis, en ce sens qu’il touche au divin qui est en nous et dans l’univers qui s’ouvre à notre compréhension à son écoute. Le premier titre, « Greetings », est particulièrement mal choisi : au mieux de la muzak dorée dubaïote, renforcée par les images bêtifiantes d’une séduction au rabais passée au mixer d’un occidentalisme racoleur. Au-delà de cette première impression, on recherchera donc d’autres titres, difficiles à trouver : « El Hilwatu », remix avec Sama, se révèle puissant, moins tétanisé par le désir de plaire à un nombre vulgaire, plus en recherche dans les limbes électroniques mâtinés de ce silence de Hamza. On frémit. Y a-t-il une issue ?

Dès lors, le jeu s’étend aux interviews, extraits de titres différents, réelle pulsion d’exploration exigeante. Oui, Bachar a une urgence en lui, oui, il essaie, souvent envahi par ses propres pulsions et contraint sûrement par les oukazes du marketing. Oui, il lui faut d’urgence se libérer, se plonger dans Giacometti, en enlever, toujours en enlever. Oui, il lui faut plus d’errance, de solitude, de désert, de rien. De l’ennui. Du temps infini qui s’allonge encore. Oublier une douleur que l’on perçoit en filigrane mais qui s’exprime trop à la mode développement personnel, ce qui n’intéresse que lui, pour tailler son talent, l’extraire de la gangue de facilité, de reconnaissance, de jets d’un aéroport à l’autre. Servir l’art plutôt que le succès. Et l’exigence, toujours plus d’exigence. Aller au plus près, à l’instar d’un « Beirut » d’Ibrahim Maalouf, qui ne laisse aucune place à autre chose que l’humilité de servir le réel, talent de conteur muet, intermédiaire entre le bruit et le silence. Avec curiosité donc, pour savoir quel chemin sera choisi in fine : le sentier du désert dans le mutisme du soleil, ou les autoroutes du commun bibelot doré ?

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