Horlogerie suisse affolée

70 Minutes
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C’est un « work in progress » au sens le plus littéral du terme. Les acteurs de l’InGoodCompany tricotent méthodiquement leur dramaturgie à l’infini : cinq minutes supplémentaires sont écrites à chaque représentation avec l’aide d’un objet offert par le théâtre, comme une nouvelle ligne de laine d’une autre couleur sur une écharpe bariolée et reprisée de partout. Ils réalisent ainsi un spectacle de plus en plus long, donc de plus en plus cher, donc de plus en plus reconnu et donc de plus en plus joué, donc de plus en plus long etc. Cette spirale infernale répond à une logique capitaliste de croissance imparable prise au pied de la lettre, ce qui en démontre autant son absurdité. D’autant que tout doit s’articuler dans le temps imparti. La minuterie surveille et la sentence du temps est irrévocable. Les acteurs courent après leur spectacle avec la nécessaire rigueur de coller au tempo, le moindre écart est fatal et déclenche une réaction en chaîne de ratages aussi désopilants que jubilatoires. Mise en abîme jusqu’à la folie de l’obsession suisse pour la ponctualité, ils manient avec intelligence l’annonce, la répétition et la méta-théâtralité. De Georges Clooney aux trompettes de Maurice Jarre, d’un bout à l’autre, ils repoussent les limites du théâtre.

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