Les bas-fonds

Les premiers seront les derniers

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Ils sont ceux que tous ont oubliés. Ceux que l’on ne désire plus voir, ni entendre. Pas de place pour eux sur les trottoirs des belles villes. Pas un siège au banquet de la vie belle. Alors, ils se retrouvent dans une pension minable, un cloaque où nul ne fait preuve, jamais, ni de bonté, ni de vertu.

Au milieu d’un tourbillon de protagonistes désabusés – la tuberculeuse, l’acteur raté, la tenancière acariâtre, le commissaire corrompu – surgit un vieil homme au cœur tendre. Ce forçat évadé aux airs de Jean Valjean s’emploie alors à sauver l’âme perdue de ces renégats.

Gare à celui qui s’aventure dans les bas-fonds  ! Eric Lacascade s’empare avec mille précautions de cette oeuvre, la première pièce de Gorki, fiévreusement écrite sous la houlette du cher « Docteur Tchekhov » en 1902. La scénographie dessine tout en symbolisme la vie misérable que l’on mène hors du monde. Noms des personnages écrits à la craie, que l’on efface d’un revers de main pour signaler la mort ou la disparition. Costumes de ville suspendus dans le vide, que les personnages peinent à tirer vers eux, comme autant d’identités à jamais perdues.

Mais, par delà ces déshérences, les deux heures trente que durent la pièce ne parviennent pas à surprendre. Les folies semblent convenues, les noirceurs trop affichées. Les femmes surtout semblent figées dans des postures physiques, inutilement sexualisées, à la limite de la caricature. La scène finale où l’alcool coule à flot, jusqu’à inonder le plateau et le parterre, appuie une déchéance qui n’est que trop évidente.  Il manque à ces « Bas-Fonds » l’énergie du désespoir, la possibilité que la vie ne soit pas déjà manquée. 

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