La collaboration artistique, un don d’organes

Réparer les vivants
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photo coulisse réparer les vivants

Benjamin Guillard et Emmanuel Noblet après la 3e représentation
(c) Pénélope Patrix

Benjamin Guillard, à propos de sa participation à « Réparer les vivants » : « Collaborateur artistique, c’est une position spéciale, fluctuante, qui s’invente au fur et à mesure des situations. »

« On donne ses yeux, on s’engage fortement dans le travail artistique, mais on n’est pas metteur en scène. On nage entre deux eaux. D’ailleurs, il n’y a pas toujours de collaborateur artistique sur un spectacle. Là, pour un projet comme celui-ci, où Emmanuel [Noblet] a fait l’adaptation, la mise en scène et joue seul en scène, il était indispensable d’avoir un regard extérieur. Je n’avais jamais fait ce travail avant. J’avais été assistant de mise en scène il y a longtemps, mais sinon dans la vie je suis comédien et metteur en scène. J’ai également réalisé deux courts-métrages et écrit un long-métrage, adapté d’un bouquin aussi.

Il s’agit d’une création, ici à Avignon, le projet est tout neuf, je viens donc assister aux premières représentations pour lui faire part de mes observations, régler les derniers détails. Je repars demain ou après-demain, selon les besoins.

Emmanuel m’a demandé de collaborer sur ce projet pour lui donner du recul et le diriger pendant les répétitions. Après avoir lu le roman de Maylis de Kerangal, il a fait les premiers choix de coupes et conçu la mise en scène. Dans un second temps, j’ai proposé de nouvelles coupes pour éviter les longueurs et aller vers quelque chose de dynamique. Quand je n’étais pas d’accord avec une de ses propositions, on en discutait, on essayait autre chose. La confiance qu’il y a entre nous a été fondamentale. On pouvait se parler franchement. Au-delà de mes préférences personnelles, une scène marche ou ne marche pas, c’est là que j’intervenais.

Une bonne partie de mon travail a porté sur la définition des espaces dramatiques pour que le spectateur arrive à suivre cette histoire où l’on navigue d’un lieu à un autre. Pendant ce travail au plateau, je n’ai pas lu le roman pour garder un regard frais. L’autre gros travail a porté sur le jeu d’acteur. La narration est très présente, face public, et il y a de nombreux personnages. Il fallait trouver la bonne formule pour les incarner à des degrés différents, sans tomber dans l’excès de jeu. On a opté pour la voix off afin de varier les intensités. Le temps de la littérature et le temps du théâtre ne sont pas les mêmes. On s’est rendu compte qu’il fallait que le narrateur sur scène ait un point de vue fort sur son récit, qu’il imprime sa marque – ses doutes, ses peurs, son empathie à certains moments. Et qu’il transmette son plaisir de raconter cette histoire passionnante. S’il y a ce plaisir de raconter, cet engagement physique dans la parole, alors ça devient du théâtre. Notre parti pris a été d’aller vers une énergie de vie, c’est une histoire triste mais qui reste tournée vers la vie, qui continue au-delà du décès.

Oui, ça m’a sensibilisé au don d’organes, c’est certain. Je ne m’étais jamais posé la question avant ! Maintenant c’est clair.

Pendant que je suis là, je vais aller voir Lupa, mais sinon je vais surtout voir les spectacles de mes copains. J’ai bien aimé celui d’Anthony Poupard à la Manufacture (« Sur la page Wikipédia… »), il a enregistré une des voix off pour le spectacle. »

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