Nos Futurs : Quand le théâtre devient une utopie réalisée

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Il s’agit de la première édition de cette manifestation-biennale qui se déroule au Théâtre Nouvelle Génération de Lyon depuis octobre dernier et s’est poursuivie jusqu’en décembre avec la programmation de six spectacles, dont le dernier Sunamik Pigialik de Frédéric Ferrer par la Compagnie Vertical Détour sera joué du 13 au 18 décembre. Nous vous proposons un reportage sur cette manifestation portant un vrai projet dramaturgique et politique notamment en direction de la jeunesse.

Selon son initiateur Joris Mathieu, directeur du Théâtre Nouvelle Génération, ce temps fort « présente des œuvres qui interrogent et observent le réel pour nous mettre face à des problématiques, qui, si nous n’en faisions pas collectivement quelque chose, nous empêcheront d’imaginer un futur possible ». L’intérêt des spectacles programmés serait de s’adresser à la jeunesse ou peut-être provisoirement, car au demeurant chaque spectacle doit susciter un échange entre le jeune et sa famille et créer des questionnements. Ces questionnements sont d’autant plus absorbant qu’un vrai travail est fait en direction des établissements scolaires (de la classe élémentaire au collège) qui bénéficient d’un véritable échange autour des spectacles et qui sont invités à partager avec les comédiens du TNG des ateliers d’écritures au cours desquels ils doivent se saisir de leurs imaginaires pour questionner notre présent et anticiper sur les changements à venir.

Les spectacles abordent des questionnements et des problématiques assez hétéroclites pour ce que nous avons pu en saisir. Hikikomori, le Refuge de Joris Mathieu évoquait la place difficile de l’adolescent en ce monde, dans un repli sur soi extrême, symptomatique de la perte de repère et de la volonté de s’inventer un avenir dans un monde malade et accablé par les crises de toutes sortes. Cosmos 110 par la Compagnie de L’Organisation était une sorte de rêverie scientifique d’une jeune fille qui voulait que les sons s’abreuvent du monde terrestre pour envoyer des signes d’amour et d’espérance à tout l’univers. Corps Diplomatique d’Halory Goerger était une recherche sur la représentation de notre humanité dans le futur et ce qu’il pourrait en rester. Enfin, Primitifs de Michel Schweizer démontrait sur scène l’absurdité du projet de site d’enfouissement nucléaire de Bure en moquant et parodiant les campagnes de communication capable de nous vendre des rêves de consomption…

Chaque spectacle de cette programmation dans notre perception possédait quelque chose d’une exigence lucide en même temps qu’empreinte d’une certaine folie, celle propice à l’anticipation peut-être. L’ensemble devient dès lors une utopie réalisée puisque tous ces projets fondent une nouvelle vision du monde, une vision du monde fondée sur l’appétence théâtrale et l’émotion presque indéchiffrable de notre individualité ; c’est là la force du projet qui totalisant les énergies matérielles (la manifestation se fait en lien avec d’autres structures théâtrales comme le Am Stram Gram de Genève entre autres) et mobilisant les capacités cognitives du spectateur, bien qu’il soit dans sa prime jeunesse, l’invite à réaliser que sa pensée peut construire le monde et que le rêve n’est pas un échappatoire ou quelque chose qu’il doive garder pour lui, mais bien le ferment et le germe du pionnier qu’il est en tant que spectateur du théâtre et acteur de son propre espoir et de ses propres questionnements.

Ainsi, sur le principe et dans les faits, Nos Futurs Imaginer Demain a encore de beaux jours devant elle et on souhaite vivement que cette programmation destinée à la jeunesse fasse figure de proue d’un renouveau du théâtre-jeunesse, non plus seulement fondé sur l’écoute et la perception d’une histoire, mais bien sur la force politique de nos rêves les plus fous et les plus indomptables, lorsque enfants et adolescents, nous nous interrogeons sur notre place dans le monde…

Pour plus d’informations sur les spectacles cités, vous pouvez vous rendre sur l’Alchimie du Verbe ou vous retrouverez quelques critiques ainsi que sur le site du Théâtre Nouvelle Génération.

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