Se réconcilier avec la musique sacrée

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© Guy Millet

© Guy Millet

La cité naît de la roche. Difficile de démêler l’une de l’autre, si ce n’est que la matière donne forme à des espaces moins sauvages par endroits, mais pétris de la même énergie singulière qui parcourt toute la montagne. Entre Rocamadour et son Festival de musique sacrée, qui fait résonner la pierre depuis maintenant onze ans : même limite ténue. Les concerts s’immiscent dans le rythme et les lieux de la ville, côtoyant les infatigables pèlerins et la régularité de l’office.

Mélange, histoire et spiritualité. Le programme du Festival est bel et bien à l’image de Rocamadour : cherchant à valoriser un riche patrimoine et s’ouvrant à la diversité. D’une part, parce que les spectateurs-trices qui montent les marches de la Cité forment un public assez composite. D’autre part, parce que la direction artistique fait ouvertement le choix de stimuler la création d’œuvres et d’ensembles contemporains qui côtoient un répertoire ancien.

La programmation du Festival explore ainsi plus de dix siècles d’histoire, avec comme fil rouge la musique mise, d’une manière ou d’une autre, au service du « sacré ». Quatre directives s’entrelacent pour cette dernière édition : la mise en valeur de solistes d’exception, une « promenade » en temps baroques, un éclairage sur Hildegarde von Bingen (première compositrice occidentale connue à ce jour), et la célébration de l’iconique Francis Poulenc dont les Litanies à la Vierge Noire (première œuvre écrite après sa conversion spirituelle à Rocamadour) fêtent cette année ses 80 ans.

Pour servir cette ambition, la cité rocheuse accueille des artistes de renom – comme celleux du Concert Spirituel sous la direction d’Hervé Niquet – mais fait aussi place à de jeunes talents qui prennent à cœur le défi de remotiver un répertoire ancien. Le violoncelliste Edgar Moreau, virtuose tout en subtilité, en est le parfait exemple. Déjà convié lors de l’édition 2015, le jeune musicien a décidé de tisser un lien tout à fait spécial avec le Festival en présentant les Suites pour violoncelle de Bach en deux temps, faisant ainsi entendre les numéros 4, 5 et 6 cette année dans la Basilique Saint-Sauveur. Un lien de fidélité qui n’a rien d’étonnant ici à Rocamadour et qui entre en parfaite adéquation avec l’esprit du Festival : créer du lien.

Consciente de sa mission de découverte, d’accompagnement et de pédagogie, l’équipe artistique dirigée par Emmeran Rollin poursuit son projet de révéler des talents. En ont ainsi bénéficié l’ensemble nouveau-né La Pellegrina (construisant un programme autour d’une triade baroque allemande : Zelenka, Schütz, Buxtehude), ainsi que le chœur Exosphère (dirigé par l’excellent Jean-Philippe Billmann), qui participe notamment à la création de Memorare (hommage à Francis Poulenc conçu par Christopher Gilbert et fruit de sa résidence de composition). Mais les amateurs-trices ont aussi droit de cité grâce à un stage de chant ouvert à tou-te-s, instruit et conduit par des professionnel-le-s (Laetitia Corcelle, Jean-Philippe Billman).

Tisser des liens : entre la liturgie et le concert, entre l’art et la spiritualité, entre les promeneurs-euses de toutes confessions et la musique. Il faut croire que l’alchimie fonctionne, puisque Rocamadour draine une population festivalière croissante, à l’affût de l’imaginaire si particulier qui habite le lieu. Il est clair que ce Festival encore discret vaut le détour, tant pour la qualité de sa programmation, l’enthousiasme de son équipe, que pour la magie du lieu.

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