La petite sirène

Vous n’aurez pas ma voix

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C’est après avoir vu sa « Mort de Tintagiles » qu’Eric Ruf a confié à la jeune metteur en scène Géraldine Martineau l’une des nouvelles productions tout public proposées au Studio-Théâtre en partenariat avec le Festival d’Automne.

Les fonds marins dans lesquels se déroule la première partie du spectacle, joliment évoqués par une pluie d’algues dorées, avaient tout pour redonner à ce conte sur la différence et la puissance dévastatrice de l’inconnu le sel énigmatique de sa précédente création. La réécriture en alexandrins, accessible et sensible, donne par ailleurs une vraie épaisseur théâtrale aux confrontations familiales qui se déroulent alors sur des balançoires statiques. La métamorphose humaine de l’héroïne, imagée sobrement grâce à un seau d’eau et des collants noirs, retrouve scéniquement une puissance primitive et symbolique réitérée par l’ultime figure gestuelle du spectacle. Ces belles trouvailles sont malheureusement entrecoupées par un lourd épisode terrestre où, comme pour la petite sirène, tout n’est que désillusions pour le spectateur. Poussée par un désir d’actualisation potentielle, Géraldine Martineau imagine une « terrasse contemporaine » pour suggérer le palais princier qui s’apparente davantage à un dancing pagnolesque. A la satire forcée d’une humanité stupide et intolérante, portée par le personnage lourdingue et gênant qu’incarne poussivement Jérôme Pouly, s’ajoute la pantomime grotesque et peu convaincante qu’entreprend l’aphone Adeline d’Hermy. Cédant certainement à l’envie de plaire aux plus jeunes par une inflexion comique qu’elle maîtrise mal, Géraldine Martineau détruit le souvenir gracieux qu’aurait pu laisser cette petite forme en ébruitant elle-aussi une « musique terrestre » qui écrase la singularité des voix trop délicates.

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