© Erwan Floch

Croiser les problématiques sociétales et environnementales, tout en favorisant la jeune création et l’engagement citoyen ; tel est le défi relevé par la première édition du Festival des Déchets, organisé du 3 au 8 juin au Quartz, Scène Nationale de Brest.

L’idée de Mathieu Banvillet, directeur du Quartz, et de David Wahl, artiste associé, était simple et néanmoins risquée : mobiliser les publics autour de la question des déchets, et plus particulièrement des déchets marins, sans porter pour autant de regard moralisateur, anxiogène ou désespéré sur la question. L’équipe du Quartz a ainsi décliné l’événement selon trois axes. Un premier axe scientifique associait chercheurs et artistes autour de conférences et de débats sur la question du recyclage et des énergies renouvelables. Un second axe citoyen mobilisait les associations locales autour d’initiatives collectives (défi plastique, ramassage sur les plages brestoises). Pour finir, le festival faisait la part belle à la création, laissant libre cours à l’imagination des artistes pour s’emparer de la question des déchets et la transformer en énergie créatrice.

Le public pouvait ainsi découvrir – ou redécouvrir – deux causeries dont David Wahl s’est fait une spécialité, « Le Sale discours » et « Histoire de fouilles ». S’inspirant de faits réels, et glanant des preuves scientifiques auprès de chercheurs associés, l’auteur metteur en scène parvient à réactiver la force du récit et de l’image pour lutter contre nos peurs contemporaines. Il nous rappelle que les grandes victoires scientifiques et les grands défi environnementaux reposent d’abord sur la force des histoires et de l’imagination. Son spectacle jeune public, « Histoire de fouilles », embarque les spectateurs dans la genèse des énergies non renouvelables, et nous rappelle que le pétrole, avec lequel nous fabriquons notre monde en plastique, est issu de résidus fossiles. Et si nos jouets modernes n’étaient autres que de la poussière de dinosaure ?

En partenariat avec Océanopolis, le festival a également mis à l’honneur les expériences immersives et interactives, à commencer par la visite guidée proposée par le collectif OSO, nous faisant redécouvrir les trésors mystérieux de cet espace dédié à la faune aquatique. Poissons, méduses et autres crustacés deviennent les interlocuteurs d’une clique de professeurs Foldingue, et nous voilà rendus aux origines de l’humanité face à ce monde sous-marin sans lequel nous ne serions rien. C’est du moins ce que suggère le moment de poésie suspendue où l’acteur Tom Linton entonne aux dorades « Et si tu n’existais pas, dis moi comment j’existerais… » Multipliant les supports et les dispositifs, le collectif adopte le ton doux-amer qu’on lui connaît pour évoquer les catastrophes contemporaines et nous alerter sur les dérives absurdes de notre monde. Un itinéraire qui s’achève par un superbe ballet d’hommes-poissons, espoir d’une régénérescence de l’humanité… dans une cervelle de poisson rouge ?

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