Vanasay Khamphommala, architecte de “Monuments hystériques”

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(c) Marie Petry

Vanasay Khamphommala est artiste associé au CDN de Tours. « Monuments hystériques » est sa première création avec les comédien.ne.s du JTRC. Il sera bientôt à l’affiche de « X », nouvelle création du collectif OS’O, dont il est le dramaturge.

Qu’est-ce qu’un « monument hystérique » ?
Tout monument est hystérique, dans le sens où il est l’extériorisation, la matérialisation concrète, la somatisation en somme, des souvenirs ou des désirs d’individus ou de communautés. « Monument », étymologiquement, signifie « ce dont il faut se souvenir, ce qu’il ne faut pas oublier » : c’est donc un spectacle sur la manière dont nous, êtres humains, inscrivons nos histoires, petites et grandes, dans l’espace. Et les hystériques ne sont pas toujours celles et ceux qu’on croit ! Le spectacle est né du désir d’interroger nos pratiques d’artistes histrioniques qui, le temps de la représentation, investissons des lieux. Je voulais que, plutôt que de les envahir, nous cherchions à communiquer avec eux : le spectacle se transforme, jusque dans son texte, à chaque lieu dans lequel il est représenté.

Est-ce pour vous une nouvelle tentative d’invoquer les fantômes dans un « théâtre de l’instant » ?
Absolument ! Les fantômes sont centraux dans ce spectacle, plus peut-être que je n’en avais conscience lorsque nous avons commencé le travail. Nous cherchons à invoquer les fantômes, passés et futurs, des espaces où nous jouons, à réveiller les histoires qui s’y sont déroulées, les mots qui y ont été dits. Mais ces fantômes sont plutôt gentils ! C’est un spectacle pour tous les publics, notamment les enfants. Je voulais trouver un ton doux et apaisé pour parler avec légèreté du fait que tout passe, à commencer par nos vies. J’aime énormément travailler pour le jeune public : cela me met dans un endroit d’exigence à la fois d’absolue sincérité, mais aussi d’optimisme.

Vous parlez d’un « protocole », terme que les jeunes artistes emploient très souvent. Le théâtre protocolaire aurait-il dépassé le processus performatif ?
Je dirais plutôt que le protocole fait partie du processus performatif, qu’il est une manière d’encadrer l’imprévu et parfois le chaos qu’il espère en même temps déclencher. Dans le cas de« Monuments hystériques », il s’agit presque d’un protocole au sens diplomatique : comment dialoguer avec les espaces dans lesquels nous allons jouer, avec leurs usagers ? Mais ce protocole n’a rien de strict, et nous utilisons le terme avec un certain sens de l’autodérision. Nos protocoles préférés, ce sont les ratés : ceux qui nous enjoignent d’en inventer d’autres. « Rater encore, rater mieux », toujours.

Propos recueillis par Pierre Lesquelen le 19 février 2019.

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