I/O, c’est la vie

Par Marie Sorbier

Vous ne trouverez pas ici de critique. Ce rendez-vous quotidien est un espace ouvert, prêt à accueillir l’intelligence collective, les émotions individuelles et les bousculades provoquées par des textes, des comédiens et des esthétiques. Un concentré de la vie du festival.

Jean Vilar

D.R.

I/O ? IN et OFF bien sûr, l’ADN de ce journal né sur les réseaux sociaux il y a quatre mois (le papier n’est-il pas l’avenir du numérique ?). Mais aussi un rappel à la figure mythologique, au taon qui empêche le repos et qui pousse la vache Io au mouvement. Le Festival d’Avignon 2015 est notre première épopée !

Olivier Py entame sa deuxième édition en tant que directeur, la 69e du festival avec enthousiasme : « Ayons du plaisir érotique, du plaisir politique, la joie de se sentir moins bêtes c’est merveilleux ! Si seulement je pouvais être un spectateur assidu du festival, j’en serai merveilleusement heureux, un festivalier dans la foule… Je suis totalement omnivore, j’aime tout ! »

Nous sommes des spectateurs assidus et nous vous prenons aux mots ; chaque jour, nous tenterons de faire partager ce que le théâtre peut provoquer comme sursauts, rires, déceptions et ennui.

Nous écrivons sans filtre ni contrainte mais sans prétention non plus. Nous laissons la place aux opinions de chacun, surtout si elles sont contradictoires. Pour nous accompagner, nous avons choisi cet édito de Jean Vilar qui fixe comme cap l’exigence et le plaisir.

Nous croyons que le théâtre peut changer le monde, et cette mission nécessite à la fois l’exigence artistique et l’exigence du public face à ce que les artistes proposent. Nous croyons en la responsabilité du spectateur. C’est de cette relation, au-delà du quatrième mur, que peuvent naître le plaisir et donc la mise en mouvement vers l’Autre.

Le public ne veut pas être flatté mais attend d’une programmation qu’elle devance ses envies. Facile, la programmation 2015, selon Olivier Py ? « Jamais ! Jamais une seule seconde. La gloire ne revient pas à mes équipes, la gloire revient au public. Le public d’Avignon prouve année après année qu’on peut lui proposer des choses difficiles, des choses audacieuses, des choses déroutantes. »

Pas de ligne directrice officielle dans le OFF, mais une course folle à la visibilité. Le plus grand marché du théâtre en France réserve toujours des surprises, des pépites dénichées grâce au bouche-à-oreille mais aussi des propositions à l’intérêt discret ou qui ne suscitent qu’un désintérêt total (quoi de pire que l’absence de réaction ?). Dans ce foisonnement, difficile de se frayer un chemin. Choisir, c’est renoncer. Nous ne serons pas le énième conseil ou la boussole conciliante, mais une collectivité avec des forces et des intérêts divergents.

L’ambition de ce quotidien gratuit et collectif est bien de donner la parole aux publics du IN et du OFF, habitués ou de passage, tous ceux qui ressentent l’envie de partager leur expérience de spectateur. Nous espérons que ce concentré entraîne les festivaliers vers les plateaux, qu’ils osent (aller vers l’inconnu) et qu’ils se laissent atteindre (par le pouvoir des mots et des images).

Ce journal n’a pas vocation à devenir pérenne ; l’éphémère permet aussi une intensité particulière. Naître et s’en aller au rythme des festivals, n’exister que pour témoigner de ce rendez-vous.