Manifestation

Par Mathias Daval

I/O est là. I/O a pris la parole. I/O ouvre les yeux et les oreilles. I/O n’est pas la voix du un mais celle du plusieurs.

Le MatEt puisque I/O est multiple, I/O s’interdit d’être figé dans une ligne, un parti, une direction, fût-elle celle du vent ou du contrevent.
I/O est organique et animal : il est la génisse grecque vouée à l’amour divin de la scène et de ceux qui la font vivre.
I/O est la métamorphose perpétuelle.
Vous qui lisez I/O, bienvenue dans l’antre des gazetiers !
Entrée libre !

I/O ne s’achète pas.
I/O se passe de main en main et de bouche en bouche.
I/O est né d’un acte surréaliste : une fleur majuscule posée sur un oiseau bleu (et non l’inverse), et portée par un tapis persan…
I/O est un végétal dont le bourgeon éclot le premier jour du festival, et qui retourne sous l’humus le dernier jour.
I/O est léger comme des bulles gazeuses.

Pourtant I/O vit l’art dans sa chair.
I/O le digère simultanément à la chaleur et à la caféine.
I/O a, pour sa première édition, 21 visages : 21 numéros, tels les arcanes majeurs du tarot de Marseille, le lieu matriciel où ronronnent les rotatives de son imprimeur. C’est dire sa mission initiatique.
Son vingt-deuxième arcane, le Mat, est déjà sur la route des festivals à venir. L’intra-muros, il ne connaît pas. Il badaude urbi et orbi.

À l’heure où, dit-on, la presse agonise péniblement dans le caniveau du numérique, I/O décide d’être un quotidien papier.
À l’heure où, dit-on, les festivals dépérissent comme les mauvaises herbes d’une culture sacrifiée sur l’autel de la rentabilité économique, I/O décide de s’y dédier corps et âme.
C’est la double folie éthylique qui habite I/O !

Double comme les regards qui s’échangent des œillades au fil des colonnes.
Car I/O n’est pas un pisse-copie individualiste.
Dixit Artaud, I/O a pour se guérir du jugement des autres toute la distance qui le sépare de lui-même.
I/O aime confronter les mondes.
I/O est Janus bifrons, in et off, in et out, input et output…
I/O électrise.
I/O est le faiseur de ponts d’Avignon.

I/O affirme que les mots sont importants.
I/O suggère que les mots tus sont plus importants que les mots dits.
I/O, c’est 11 844 cm2 de papier livrés chaque jour aux festivaliers et aux amoureux de la scène.
Certains préfèrent consommer I/O au frais, à l’ombre d’une terrasse. D’autres aiment les reflets brûlants sur le blanc de ses pages.
I/O : une certaine idée du plaisir.
Pas de simulation !

I/O est une équation à degré variable.
I/O, ce sont des litres de sueur et d’encre, récoltés dans les cornues alchimiques de sa cave voûtée.
I/O circule.
I/O bouillonne.
I/O, c’est le corps en mouvement.
I/O est un autre.
I/O, c’est vous.