A la Belle Scène Saint-Denis, la Compagnie Le Temps est incertain mais on joue quand-même propose une mise en scène tout à fait rafraîchissante du « Cendrillon » de Joël Pommerat. Joué en extérieur, ce théâtre de tréteaux (et de moquettes) bricolé de façon artisanale, loin de la surenchère technique qui sévit ces derniers temps, préfère faire la part belle aux acteurs en leur laissant un espace de liberté, de virtuosité et d’interaction avec le public. Le rythme est soutenu, les jeux de contre-sexes et de miroir entre les rôles sont désopilants et la cruauté du conte de Perrault plane sur l’ensemble, comme l’ombre d’une malédiction. Car si cette relecture semble si juste aujourd’hui, c’est qu’elle épouse parfaitement les rapports de force parent-enfants. Les injonctions au bonheur des uns fabriquent les angoisses existentielles des autres et il faut souvent l’aide d’un autre adulte référent pour s’en sortir (même si c’est la fée la plus bidon de la terre). Ce que l’on dit à nos enfants ne sont jamais des paroles en l’air et « Cendrillon » nous invite à y être vigilant. A nous de leur faire confiance pour qu’ils guérissent de leurs blessures.

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