This concerns all of us / Cela nous concerne tous

Tout cela commence en cercle. Vingt-deux danseurs dépenaillés se tenant les uns face aux autres, chacun à portée du regard de ses camarades. Puis rien, avant le tout.

This concerns all of us est un spectacle dont la critique acceptera un chapeau d’introduction aussi évident, tellement il est important de prendre ce spectacle par le début. Car la première de ses nombreuses forces est sa construction, qui est bien plus qu’un simple crescendo à l’efficacité facile : dans cette nouvelle création de Miguel Gutierrez, tout passe par la progression, par l’invitation, par l’accumulation de caresses subtiles qui nous amèneront petit à petit vers l’apothéose.

This concerns all of us commence par un défi : celui lancé par le chorégraphe de nous laisser emporter dans une temporalité qu’il nous a lui-même imposée, comme une injonction à entrer dans un temps poétique. Le spectateur doit alors se faire patient, attentif face à ces vingt-deux danseurs immobiles qui semblent se découvrir, eux et les guenilles qu’ils portent chacun à différents endroits du corps. C’est ce premier tableau, volontairement étalé, qui nous capte tout d’abord. Il aiguise notre curiosité face à ces corps figés, dont ne se dévoilent pour l’instant que quelques morceaux de peau et des regards, mais qui semblent comme attirés les uns vers les autres.

Puis les premiers mouvements, subtils, presque maladroits, de ces interprètes qui osent petit à petit faire un pas ou plusieurs en direction des autres, en les croisant ou en les évitant. Ce sont les premiers frôlements d’humanités qui se dévoilent petit à petit, dans toute la tension qui est celle des corps qui se découvrent. « Dévoiler », « découvrir »… Des verbes actifs qui prennent aussi sens face au déshabillage progressif des danseurs, qui abandonnent au hasard telle ou telle pièce de vêtements, qui traînera au sol jusqu’à ce qu’un autre la ramasse et l’enfile à son tour.

Puis l’accélération progressive, accompagnée presque sans qu’on s’en aperçoive par la montée de la sublime création sonore (de Olli Lautiola et Miguel Gutierrez lui-même), qui emporte au même rythme que les esprits s’échauffent sur scène, quand les corps commencent à se toucher et à se révéler. Une cuisse, une fesse, une poitrine, un sexe… Ce sont alors toute la sensualité et l’érotisme de nos anatomies qui se meuvent face à un public porté par la charge énergique du mouvement, de la lumière, du son, et même d’un chant porté en c(h)oeur par la troupe, qui s’est alors affranchie de toute les inhibitions dues à la scène pour nous emmener avec lui dans une communion incandescente. Après nous, le déluge, peut-être. Peu importe. Nous nous noierons joyeusement, tous ensemble remplis d’une furieuse envie de manger, de boire, de danser et de faire l’amour. D’une furieuse envie de vivre, en somme.

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