…pour adapter, aujourd’hui, “Horace”, pièce de Corneille dont le tragique nous inspire des calembours. On cabotine tandis que d’autres s’effondrent sous le poids du destin. Deux familles, les Horace et les Curiace sont liées par des unions amoureuses, opposées par des rivalités politiques. La folie d’Horace réside dans sa simplicité, en ce sens qu’il est fait d’une composante unique, le souci du devoir, sourd aux sentiments (pas très QLF, Horace, si on ose commenter Corneille avec PNL), étranger au déchirement des passions contraires : Horace est fou parce qu’il sait ce qu’il veut – honorer Rome – au point d’assassiner sa sœur Camille, loin de la modération de Curiace. Un fanatisme qui en rappelle un autre, contemporain. Si on laisse de coté cette suggestion de la mise en scène (cela a t-il un sens de comparer la vertu romaine, fidélité à la patrie entendue comme haute exigence rationnelle envers soi, avec la folie nihiliste de djihadistes désœuvrés?) on apprécie sa sobriété, laissant la plus grande place au vers, s’autorisant quelques trouvailles (le roi est une femme en robe de soirée), faisant preuve d’audace avec parcimonie -cette sobriété devenant l’écho direct de ce qui manque à Horace. Les désormais inévitables écrans sont là, comme une tentative de restreindre le hors-champ des personnages. Mais les images, passées au ralenti, équilibrent l’urgence tragique qui étouffe ces derniers; ce faisant, elles semblent les soutenir, leur offrant un répit. Il est beau de s’imaginer qu’une mise en scène n’utilise pas seulement une histoire et ses personnages, mais vient parfois aussi, leur porter secours. On se passerait bien de la première heure, assez laborieuse, et de certains symboles – le treillis pour signifier la colère. Mais lorsque l’intrigue s’accélère, la mise en scène se resserre, galvanisée par le texte. Elle propose alors de beaux tableaux : le mélange de sang et de terre à la mort de Camille, la lumière bleue crépusculaire qui accompagne les personnages à travers le carnage. Les acteurs, à l’exception d’un personnage mimant les larmes et la douleur, sont convaincants. Mais pourquoi diable, si une pièce parle d’aujourd’hui, faut-il le figurer en plus à travers des éléments contemporains ? Une toge et le texte suffirait.

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