Flot

DR

Invité cette saison par le CCN Ballet de Lorraine pour une nouvelle création de répertoire, le suisse Thomas Hauert signe une pièce complexe pour 24 danseurs, inspirée par les valses de Prokofiev. Un foisonnement de mouvement qui laisse malheureusement trop souvent le spectateur au bord de la route.

Travailler sur l’improvisation avec un groupe de 24 danseurs était d’emblée chose risquée, surtout à partir d’une matière aussi improbable que peut l’être la Suite de Valses de Prokofiev. Tantôt enjouées, tantôt mélancoliques, ces valses exubérantes composent elle-même un tableau riche, sur lequel la troupe du CCN Ballet de Lorraine a été invitée à travailler en la considérant comme une dramaturgie à part entière. Polyphonie des sons, polyphonie des corps : c’est effectivement dans la résonance des mouvements entre eux que se développe la chorégraphie de Thomas Hauert, qui laisse ici ses danseurs inventer à leur gré, à l’écoute des autres, et en suivant malgré tout des lignes directrices — dictées, bien évidemment, par Prokofiev. Une grande place laissée à l’imprévisible, donc, pour un résultat joyeusement décousu, et non dénué d’humour.

Et pourtant, si l’on se laisse parfois aller à rire de ce corps de ballet et de ses maladresses — que l’on veut bien penser voulues —, on se prend trop souvent à souffrir d’un manque d’unité. Les danseurs, autant chargés de créer leur propre parcours que de réinventer à chaque fois une dynamique de groupe, semblent peiner à trouver une ligne chorégraphique claire à laquelle notre regard pourrait se raccrocher. A la manière d’un plat mal assaisonné, où les saveurs voisineraient les unes les autres au lieu de s’unir et de se complimenter, « Flot » prend rapidement un goût d’incohérence, d’inachevé. Et si l’énergie des danseurs reste palpable, celle-ci ne suffit malheureusement pas à balayer notre circonspection face à la proposition.

  • 2
  •  
  •  
  •  
  •  

D'autres articles par