La LNI s'attaque aux classiques

L’impro trouve sa place au théâtre

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© Pascale Gauthier

Née à la fin des années 70, la Ligue d’Improvisation Nationale du Québec est rapidement devenue LA référence du genre dans le monde de la francophonie. Sous la direction de Robert Gravel et Yvon Leduc, le match d’improvisation s’est imposé comme discipline et divertissement à part entière, faisant la réputation des artistes qui y ont fait leurs armes, comme Robert Lepage. En 40 ans d’existence, la LNI a si bien rempli ses missions de développement et de formation auprès des publics que l’improvisation s’est vue inscrite au patrimoine culturel québécois par l’Assemblée Nationale en 2016.

Depuis plusieurs années, François-Étienne Paré, directeur artistique, s’attache à donner une nouvelle jeunesse à cette institution qui peut désormais compter sur un public fidèle et nombreux. En plus de la diffusion de matchs d’impro à la télévision nationale, la LNI se paye le luxe de partir à la conquête du théâtre. Avec un concept malin et séduisant, elle fait salle combe à l’Espace Libre depuis 2015. L’idée est simple : chaque soir, la LNI s’attaque à un auteur du répertoire dramatique, par groupes de trois improvisateurs dirigés par Alexandre Cadieux et François-Étienne Paré. Et le programme est ambitieux ! Cette année, Shakespeare, Ionesco, Michel Tremblay et Wajdi Mouawad se côtoient au menu, de quoi attirer un public de théâtre pointu tout comme les fans curieux et enthousiastes de la LNI.

Sur la musique live d’Éric Desranleau, les joueurs entretiennent leur réputation de superstar du ring et promettent une soirée à 100 % improvisée. Alexandre Cadieux, pédagogue et pince-sans-rire, se charge de peindre un rapide portrait de l’artiste mis à l’honneur et de guider les artistes comme les spectateurs dans les grandes lignes de son oeuvre. François-Étienne Paré prend les rênes de la mise en scène en dirigeant les artistes dans de cours exercices de mise en bouche. La prise de risque est totale : on assiste au processus même de création d’un spectacle, on les voit chercher, se tromper, lutter pour finalement trouver le bon endroit, le ton juste, l’écoute nécessaire à la naissance d’une oeuvre d’art.

La plus belle surprise de cette entreprise est sans aucun doute de découvrir l’improvisation sous un nouveau jour, plus profond, plus fin. Si le public a le réflexe immédiat d’encourager les comédiens par ses rires et ses applaudissements, il est dérouté par le sérieux et l’investissement que demandent des univers aussi torturés que celui de Sarah Kane, par exemple. Soudain on ne rit plus, mais on a la chance de voir naître de véritables talents, des esprits vifs habités par la passion du jeu et capables de mettre les spectateurs à leurs pieds.

Là où la LNI aurait pu chercher à se réinventer en s’éloignant de la poussière des planches de théâtre, elle réussit le pari de revenir aux sources de son art avec brio. Parce qu’ils ne se reposent jamais sur leurs lauriers, les québécois restent définitivement maîtres de l’improvisation, inspirés et inspirants, prêts à guider de nouvelles générations d’artistes à travers le monde.

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