Fruits of Labor

Miet Warlop prend le pouls du monde

Par

Dans une forme spectaculaire qui emprunte autant au concert de rock qu’au théâtre d’objets, à l’installation plastique qu’à la performance garage, Miet Warlop se saisit des objets et des corps qu’elle met en mouvement avec force tapage pour capter l’agitation frénétique du temps présent.

Troisième volet d’une trilogie entamée avec « Mystery Magnet » (2012) et « Dragging the Bone » (2014), « Fruits of Labor », créé la saison dernière, clôt la riche journée d’ouverture du 19e festival Artdanthé à Vanves, parangon de la jeune (et parfois déjà confirmée) création contemporaine chorégraphique et transdisciplinaire, où les scènes belge, flamande et néerlandaise sont mises à l’honneur avec la venue d’Ann Van den Broek, de Christian Bakalov, de Maarten Seghers ou encore de Jan Martens en vedette. Comme les deux premiers opus, la proposition s’apparente à un tableau vivant où la présence humaine cohabite avec des matériaux en tout genre. Le spectacle fait la part belle autant aux images et aux sons qu’aux corps qui les génèrent dans un flux perpétuel d’intégration et de transformation d’éléments composites, dont une monumentale sculpture en polystyrène qui permettra entre autres un remake de crucifixion.

Venue des arts visuels, Miet Warlop est une jeune artiste gantoise ultra inventive et touche-à-tout. Juchée sur un podium, elle tournoie dans un habit de gala à paillettes argentées telle une géante boule à facettes sur pieds. Sur scène, elle est entourée de Seppe Cosyns, Tim Coenen, Joppe Tanghe et Wietse Tanghe, quatre performers-musiciens à l’allure tout aussi juvénile et charismatique. Ensemble, ils donnent une performance hyper rythmée et échevelée dans laquelle ils développent une physicalité énergique et magnétique absolument stupéfiante. Le groupe s’élance dans un ballet foutraque en apparence mais réalisé avec beaucoup de rigueur. Comme une machine qui se met en branle et dérape à mesure qu’elle s’emballe, tout palpite et vacille au gré de déferlantes sonores et rythmiques qui s’apparentent à des pulsations vitales et d’explosions de couleurs à la Jackson Pollock. S’il s’agit clairement d’un espace de recherche et d’expérimentation, le spectacle s’offre sans hermétisme. Au contraire, l’ensemble est carrément festif et grouillant de vie.

L’ambiance survoltée de la proposition n’en est pas moins sentimentale. Pour preuve, la revisite d’un tube des Righteous Brothers et un furtif solo de trompette d’inspiration fellinienne concluent la pièce sur des tonalités plus nostalgiques qu’électriques. À la fois stone et fiévreuse, l’œuvre cataclysmique de Miet Warlop assume son caractère tour à tour loufoque et farfelu, fragile et onirique, totalement décalé et destroy notamment lorsque fuitent sur les instruments de musique de lourdes gouttes d’une pluie intempestive, ou bien le puissant jet qui tel un orbe fluorescent frappe la caisse claire et les cymbales de la batterie. Un arc-en-ciel irradie sur la scène alors que le déluge semble avoir pris le dessus. Au cœur d’une dialectique de la catastrophe et de la jubilation, « Fruits of Labor » cultive le goût du beau comme celui du saccage, s’empare des ingrédients de la culture pop et savante et les détourne, mêle corrida et iconographie religieuse. Bourré d’imagination et d’ingéniosité, le show se révèle explosif et absolument jouissif !

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

D'autres articles par