Ouropera

Opéra à mille mains

Par

© Staatsoper im Schiller Theater

Pendant l’été, le festival INFEKTION au Staatsoper im Schiller Theater permet au spectateur d’explorer de nouvelles créations du théâtre musical sous toutes ses formes. Depuis 7 ans, sur des scènes prestigieuses du paysage berlinois, de grands noms comme de nouveaux talents exposent leurs tentatives contemporaines pour renouveler le genre. Aux côtés d’œuvres issues d’auteurs connus, comme Aribert Reimann (« Sonate Ghost ») ou encore Wolfgang Rihms (« Jakob Lenz »), une proposition créée par une troupe de jeunes comédien•ne•s et musicien•ne•s retient l’attention ; « Ouropera » évoque la relation entre John Cage et le genre de l’opéra qu’elle brasse avec la force de sa jeunesse pour former une nouvelle image scénique et lyrique, pétrie d’une énergie étincelante qui s’adresse à toutes et à tous.

L’esprit de la série « Europeras », composée de cinq volets, envahit ainsi la scène : processus stochastiques, clins d’œil musicaux, jeux vocaux et percussifs… Sur scène, divers personnages tout droit sortis d’un univers mondain du temps présent et passé, jonglent avec les codes du spectacle. Jouent à jouer le jeu. Conversations autour de petites tables bien dressées, valse des toux, des bruits de verres et des rires nerveux. De ce décor tout conventionnel émerge quantité de petites scènes qui éclatent avec des tonalités diverses : rires, passions, pathos… Un cocktail très rafraichissant qui donne la parole à des personnalités différentes, fraîchement sorties de l’école de théâtre ou de chant. En mêlant situations réelles – sans doute familières pour le public – et échappées magiques vers des situations allant du cocasse au surréalisme, la pièce réussit à embarquer avec elle le spectateur dans cette courte et jolie aventure.

« Ouropera » est une œuvre en mouvement, qui inspecte son passé et, en bon petit dernier de famille, fourmille de belles propositions – tant vis-à-vis de la mise en jeu que du répertoire musical travaillé. Sous la direction d’Adrienn Bazsó, le groupe évite de trop se disperser tout en gardant une folle sensation de liberté. En écho au nom du festival lui-même, la jeune troupe d’artistes distille un esprit espiègle et multiplie les scénettes afin de créer un tout organique : mouvements de foule, pantomimes, moments de fulgurances solistes et jeux musicaux collectifs endiablés. Voilà un bel atelier créatif, où chaque jeune apporte sa pierre à l’édifice général, faisant appel à une culture commune et cherchant à provoquer la saillie de nouvelles idées.

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