Le Sacre

Sacré « Sacre » !

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En 2018, Alain Platel est sollicité pour la 3e Journée nationale de la danse en Belgique. Il cherche une œuvre emblématique qui puisse rassembler les divers acteurs travaillant autour de la danse à Gand, où ses Ballets C de la B sont implantés. Il choisit la pièce chorégraphiée par les plus grands : « Le Sacre du printemps », d’Igor Stravinsky.

Il veut conjointement poser un acte symbolique pour sa ville et démocratiser une partition musicale compliquée en la faisant danser par 300 amateurs de sept à soixante-dix-sept ans. Une manière d’affirmer une fois de plus pour Alain Platel que la danse appartient à tous. Ce projet se place dans la lignée de l’expérience extraordinaire que le chorégraphe flamand avait menée en 2012, à Madrid, avec 100 volontaires, durant seize semaines, pour préparer la production de C(H)ŒURS. Le 28 avril 2018, le public présent sur la grande place de l’Opéra de Gand a été secoué d’un tsunami d’émotions face à la passion communicative des interprètes de ce « Sacre ». Abolissant toute différence, la singularité de chacun faisait corps avec l’ensemble. Les participants, de leur côté, disent en être ressortis transformés et animés d’une force vitale incommensurable.

Fort de ce succès, le Festival de Marseille, avec la complicité de Hildegard De Vuyst, dramaturge des Ballets C de la B, a souhaité offrir une version du « Sacre » made in Marseille pour son édition 2019. Un « Sacre » qui serait le couronnement de la diversité de cette ville. Ville dont l’image, si souvent mise à mal, se voit offrir, ici, la fabuleuse opportunité de montrer de façon positive les différentes facettes de sa population dans un acte artistique fort et gratuit pour le public. Selon le concept d’Alain Platel, toutes les organisations (socio-)culturelles de Marseille ont été sollicitées. Chacune a cherché des volontaires, un coach et s’identifiera avec un costume ou des signes distinctifs. La distribution du « Sacre » est constituée de dix-neuf groupes pratiquant la danse flamenco, hip-hop, contemporaine, modern jazz, afro-brésilienne… ou orientale. Chacun d’eux écrit sa propre partition, souvent très précise, conduite par la musique de Stravinsky et qui s’inscrit dans un ensemble chorégraphié par les trois artistes marseillais Yendi Nammour, Isabelle Cavoit et Samir M’Kirech (des Ballets C de la B). Une alternance d’improvisations personnelles, d’improvisations de groupe et de moments orchestrés par les coachs limite le chaos scénique en privilégiant les interactions créatives. Un travail remarquable est mené par Andrew Graham avec le groupe mix-ability et le Sessad Serena, qui rassemblent des personnes à mobilité réduite et/ou porteuses de différents troubles du comportement.

Après six mois de préparation, 300 Marseillais se produiront pour le week-end d’ouverture du festival, dans le cadre verdoyant du parc Borély, dans une union intergénérationnelle, métissée, pluriculturelle et ethnique où le plaisir et le ressenti émotionnel primeront sur la performance. Il est certain que la force vive de la danse triomphera de ce joyeux bazar bigarré. Et comme l’a déclaré Jan Goossens, directeur du Festival de Marseille : « Chaque festival européen devrait être obligé de créer un “Sacre”. »

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